On
pouvait penser que le réalisateur du film documentaire Mondovino (2004), Jonathan Nossiter,
avait réglé tous ses comptes à travers ce film. Il n’en est rien, comme le
prouve la lecture de son livre, « Le goût et le pouvoir » (2007).
Des grandes tables parisiennes aux caves les plus prometteuses de la capitale française, jusqu’aux portes de certains producteurs bourguignons, voire brésiliens, Jonathan Nossiter construit son livre, Le goût et le pouvoir, comme une longue pérégrination jalonnée de dégustations plus ou moins concluantes. Voilà pour la trame de l’ouvrage.
Pour
ce qui est du message, il pourrait ce résumer à ces propos : « Le
combat pour l'individualité du vin, pour la survie du goût individuel face aux
forces du nivellement, du pouvoir impersonnel (surtout lorsqu'il est exercé par
une poignée d'individus), est donc un combat - comme celui qui se livre dans le
monde du cinéma - qui nous concerne tous ». Ce en quoi on ne peut guère lui
donner tort.
Oui,
mais voilà, déjà servis dans son film Mondovino, ces arguments se mêlent à un
entrelacs d’acrimonie et de snobisme, de coups de gueule et de règlements de
compte.
Si
le lecteur prend plaisir à suivre les dégustations et les commentaires des
convives qu’elles amènent, il se lasse vite des remontrances redondantes d’un
homme qui, certes, partage son amour du vin, mais n’offre d’autres alternatives
que de se répéter (le livre fait tout de même 435 pages !). A multiplier
les genres, l’auteur en devient quelque peu lénifiant, notamment quand il
déclare : « On peut dire que les grands terroirs n’existent pas
sans de grands hommes, mais il faut dire également que de grands hommes dans
des petits terroirs ne feront jamais plus qu’un bon vin. »
A
tailler des costards à près de la moitié des gens qu’il croise ou dont il
parle, Jonathan Nossiter nous endort, enfonçant des portes ouvertes avec ses
arguments sur le Nouveau Monde inondant les marchés de produits homogènes, sans
personnalité : une partie des consommateurs ont depuis quelques années
déjà réagi au diktat des classements imposés par les grands critiques mondiaux
que l’on ne se donnera pas la peine de citer ici. Blogs, sites participatifs,
vous, nous avons pris la parole et nous ne nous privons pas de faire la part
belle à une autre façon de produire et de consommer.
Saviez-vous,
par exemple, que si vous connaissiez les vignerons dits
« classiques » et les vignerons indépendants qui ont leurs salons, vous pouvez trouver des
associations de vignerons qui se réunissent lors d'autres salons dits des « vins libres » ! Et de nombreux
consommateurs pour plébisciter leur production.
Les
vins au goût sucré, vanillé, simple, qui l'emportaient sur celui de la
complexité (celle qui englobe l'amertume et l'acidité), vivent sans doute leurs
dernières années de gloire face à des amateurs de plus en plus éclairés qui ne
veulent plus s’en laisser conter.
A
l’heure de la démocratisation de l’appréciation des vins, s’il ne fallait
retenir qu’une seule citation de ce livre, elle serait la suivante : « Savoir
goûter le vin, c’est aussi pouvoir en parler, en bonne compagnie – c’est-à-dire
en compagnie de gens qui ne bouchonnent pas le plaisir par la pédanterie, qui
ne confondent pas le savoir avec un jargon abscons et terroriste, qui se
souviennent que le mot juste est celui qui est au plus près du naturel .»
En
résumer, plus qu’une ténébreuse définition du terroir qui n’engage que son
auteur, ce que je retiens de ce livre reste ses approches sur ce qui, dans un
grand vin, suscite l’émotion…

