jeudi 27 juin 2013

Torrontes, mieux qu’un vin, un cépage d’altitude !


Vignoble d'altitude, en Argentine (Vallée Calchaqui)




















Le cépage Torrontés est une pépite ampélographique qui fait aujourd'hui la renommée de l'Argentine sur la scène internationale des vins blancs. Véritable curiosité génétique, ce cépage a trouvé dans les conditions extrêmes des hautes vallées andines un terrain d'expression qui défie les conventions classiques de la viticulture.


Une identité génétique unique au monde


Le Torrontés est le fruit d'un croisement naturel survenu durant la période coloniale entre le Muscat d'Alexandrie et le Listán Prieto (connu sous le nom de Criolla Chica en Argentine). Bien qu'il partage son nom avec des cépages galiciens, le Torrontés argentin est unique et ne se trouve nulle part ailleurs. Il se décline principalement en trois sous-variétés, dont le Torrontés Riojano est la plus qualitative. Il se distingue par un profil aromatique d'une intensité rare, rappelant immédiatement les cépages muscatés par ses notes florales de rose, de jasmin et de fleur d'oranger, combinées à des arômes de fruits blancs comme la pêche et le litchi.


L'altitude comme facteur de survie et d'excellence


Le cœur battant de la production de Torrontés se situe dans la région de Salta, et plus particulièrement dans la vallée de Cafayate. Ici, la vigne est cultivée à des altitudes vertigineuses, souvent comprises entre 1 500 et 2 000 mètres, avec une référence emblématique aux alentours de 1 700 mètres. À cette altitude, les conditions climatiques sont drastiques : l'ensoleillement est intense et riche en ultraviolets, mais les nuits sont extrêmement froides. Ce choc thermique quotidien permet au raisin de développer ses arômes complexes tout en conservant une acidité naturelle élevée, indispensable pour équilibrer la richesse aromatique du cépage. Sans cette altitude, le Torrontés serait lourd, mou et excessivement alcoolisé.


Un équilibre entre tradition et technicité


Cultiver le Torrontés à 1 700 mètres exige une maîtrise technique rigoureuse. Les vignerons doivent gérer le stress hydrique et la vigueur de la plante pour éviter que les arômes ne deviennent trop "grossiers". La vinification moderne privilégie la fraîcheur, avec des fermentations en cuves inox thermo-régulées à basse température pour préserver la délicatesse des arômes variétaux. Contrairement à de nombreux vins blancs du Nouveau Monde, le Torrontés de haute altitude réussit le tour de force d'être à la fois exubérant au nez, grâce à sa signature florale, et tranchant en bouche, grâce à une minéralité exacerbée par la pureté de l'air andin.


Une place à part dans le paysage viticole sud-américain


En devenant le porte-drapeau des vins blancs argentins, le Torrontés a permis de sortir la région de Salta de l'ombre des grands domaines de Mendoza. Il illustre parfaitement la philosophie viticole argentine actuelle : explorer les limites géographiques pour trouver des expressions singulières. À 1 700 mètres d'altitude, le Torrontés n'est plus seulement une curiosité locale ; il est devenu un vin de gastronomie capable de s'accorder avec des cuisines relevées, notamment la cuisine asiatique ou les épices douces, grâce à sa puissance aromatique et sa vivacité. Il incarne cette capacité des vignerons sud-américains à transformer une contrainte environnementale, le climat d'altitude, en un avantage compétitif qui confère à leurs vins une signature irremplaçable.

lundi 17 juin 2013

Les coteaux de l’Hermitage désormais classés patrimoine national

Les coteaux de Tain (© RA Tourisme - P. Fournier).













L'année 2013 restera gravée comme un jalon historique pour le vignoble de la vallée du Rhône, et plus particulièrement pour la colline sacrée de Tain-l'Hermitage. Les célèbres coteaux de l'Hermitage ont été officiellement inscrits au titre des sites classés de France, accédant ainsi au rang de patrimoine national, ce 5 juin dernier. Cette reconnaissance institutionnelle est venue couronner des siècles de labeur humain et consacrer un paysage viticole unique au monde. Bien plus qu'une simple distinction honorifique, ce classement a transformé le regard porté sur ce terroir d'exception, scellant sa protection pour les générations futures.

La consécration d'un paysage façonné par l'homme


Ce classement est avant tout venu récompenser un chef-d'œuvre architectural et agricole à ciel ouvert. S'étendant sur un peu plus de 130 ha, la colline de l'Hermitage se dresse fièrement au-dessus d'un méandre du Rhône, exposant ses pentes vertigineuses plein sud. Pour pouvoir cultiver la vigne sur ces reliefs granitiques escarpés, les vignerons ont dû, dès l'époque romaine, faire preuve d'un courage et d'une ingéniosité hors du commun.

Le site est caractérisé par un réseau spectaculaire de terrasses successives, soutenues par des murets de pierres sèches construits et entretenus entièrement à la main au fil des siècles. Ce travail titanesque a permis de retenir la terre contre l'érosion et de capter la moindre miette de chaleur solaire. En élevant ces coteaux au rang de patrimoine national, l'État français reconnait que l'Hermitage n'est pas seulement une zone de production agricole, mais un monument historique vivant, où le génie humain s'est harmonieusement marié à la rudesse de la nature.


Une protection juridique contre la pression urbaine


L'impact le plus concret de cette décision réside dans le bouclier juridique qu'elle a instauré. Le statut de site classé confère au lieu une protection environnementale et urbanistique maximale. À partir de cette date, toute modification de l'aspect des coteaux est soumise à des autorisations ministérielles strictes, interdisant de fait les projets d'infrastructures invasives, les constructions intempestives ou l'affichage publicitaire qui pourraient dénaturer la pureté visuelle de la colline.

Cette décision intervient à un moment charnière où la pression foncière et le développement des infrastructures de la vallée du Rhône (axes routiers, voies ferrées, extensions urbaines) menaçaient l'intégrité des paysages historiques. Le classement permet de sanctuariser ce joyau, garantissant aux vignerons que leur outil de travail et leur cadre de vie resteront préservés de toute dérive esthétique ou industrielle.


Un tremplin mondial pour les grands vins de la colline


Sur le plan économique et œnotouristique, l'onde de choc est majeure. Les vins de l'Hermitage, qu'il s'agisse des rouges impériaux issus du cépage Syrah ou des blancs somptueux nés de la Marsanne et de la Roussanne, jouissaient déjà d'une réputation planétaire auprès des collectionneurs. Cependant, ce classement national apporte une légitimité culturelle supplémentaire, propulsant la colline au premier plan du tourisme de prestige.

L'exemple de la célèbre chapelle Saint-Christophe, qui culmine au sommet du coteau de l'Hermite, illustre parfaitement ce rayonnement. Devenue l'emblème visuel du vignoble, sa silhouette attire des amateurs de vin et des passionnés d'histoire du monde entier, venus fouler le sol de ce patrimoine national. Cette distinction a également servi de répétition générale et de formidable tremplin pour une ambition encore plus grande : obtenir l'inscription de l'ensemble des réseaux de terrasses de la vallée du Rhône au patrimoine mondial de l'UNESCO.


Un héritage gravé dans la pierre


Le classement des coteaux de l'Hermitage marque aujourd'hui l'acte de naissance d'une conscience patrimoniale renforcée pour le vignoble rhodanien. En protégeant les murets de pierres sèches et les pentes sacrées de Tain, la France sanctuarisé la mémoire des générations de vignerons qui y ont versé leur sueur. Aujourd'hui, chaque bouteille d'Hermitage porte en elle le reflet de ce paysage protégé, rappelant que les grands vins ne naissent pas seulement de techniques de laboratoire, mais du respect absolu d'un territoire historique et immuable.

samedi 1 juin 2013

Le terroir ardéchois à l’honneur


Certains étaient déjà sur Paris depuis quelques jours, d’autres les y ont rejoints… Une vingtaine de professionnels producteurs de vin de l’Ardèche proposaient leurs vins à la dégustation en cette toute fin de mai 2013…

© Domaine Croze.
Ambiance « soleil qui se fait attende » ce vendredi 31 mais sur Paris… Heureusement, à deux pas du Palais Royal, des vignerons ardéchois avaient rendez-vous avec la presse pour une dégustation. L’occasion, outre de goûter les productions 2009 – 2012, d’entendre chanter ces voies du Sud à l’heure où nombre de Parisiens se protègent encore du froid en mettant le nez dehors. 
Parmi les vins proposés, deux mentions spéciales qui se démarquaient des autres. Celles d’abord de la maison Nicolas Croze, avec :
- un blanc, le Vieilles Vignes 2011, autour de 5 et 7,50 €. Un plaisant mariage de marsanne et de grenache blanc auquel on aura pris soin d’ah-jouter 20 % de viognier, le tout élevé en fut de chêne avec parcimonie ;
- un rouge, Notre-Dame-de-Mélinas, toujours en millésime 2011 et dans la même gamme de prix. Une jolie puissance pour ce vin mariant syrah et grenache (40 % chacun) et cinsault et carignan (10 % chacun).
© Mas de Libian.

Agréable dégustation aussi des vins du Mas de Libian, deux vins cultivés en biodynamie :
- Cave Vinum, millésime 2012, assemblant roussanne pour moitié, clairette, (40 %) et viognier (10 %) ;
- La Calade 2011, à peu de chose près un vin mono cépage puisque composé de 90 % de mourvèdre et de 10 % de grenache, pour modérer un peu son voisin de cuve.