samedi 20 septembre 2014

Idée reçue : le vin rosé est un mélange de vin rouge et de vin blanc !

La couleur du vin est donné par la peau (©DR).


Cette idée reçue selon laquelle le vin rosé naîtrait d'un joyeux mélange de rouge et de blanc est sans doute la plus exaspérante pour les vignerons. Coupe de peinture ou cocktail de comptoir : cette méthode est tout simplement interdite par la loi en France et dans toute l'Europe pour les vins d'Appellation d'Origine Protégée (AOP). La seule exception historique concerne le Champagne rosé, qui a le droit d'assembler un peu de vin rouge tranquille à son vin blanc avant la prise de mousse. Pour tous les autres, le rosé est un véritable vin de cépages noirs dont la robe délicate dépend uniquement du temps passé au contact de la peau du raisin.


Le secret de la couleur : la peau du raisin noir



Pour comprendre la fabrication du rosé, il faut d'abord savoir que la pulpe et le jus de la quasi-totalité des raisins sont incolores, qu'ils soient blancs ou noirs. C’est la peau du raisin noir qui contient les pigments colorés, appelés anthocyanes. Si vous pressez immédiatement un raisin noir, vous obtenez un jus parfaitement blanc. Pour faire du vin rouge, on laisse macérer les peaux avec le jus pendant plusieurs semaines lors de la fermentation. Pour faire du vin rosé, le vigneron utilise exactement les mêmes raisins noirs, mais il va stopper ce contact très rapidement, souvent après seulement quelques heures, dès que la teinte désirée est atteinte.


La méthode du pressurage direct : la clarté et la fraîcheur


Le premier grand savoir-faire est celui du rosé de pressurage direct. Cette technique est particulièrement utilisée en Provence pour obtenir ces robes extrêmement pâles, couleur chair ou saumon clair, très recherchées sur le marché actuel. Dès l'arrivée de la vendange au domaine, les raisins noirs entiers ou égrappés sont directement versés dans le pressoir. Le pressurage s'effectue de manière extrêmement lente et délicate. Au fur et à mesure que les grains éclatent, le jus s'écoule en restant en contact avec les peaux pendant seulement quelques dizaines de minutes ou quelques heures à l'intérieur de la machine. Le jus légèrement teinté est immédiatement séparé des peaux pour être mis en cuve, donnant un vin caractérisé par sa vivacité, sa fraîcheur et ses arômes d'agrumes.


La méthode de la macération : la structure et la couleur


La seconde grande technique est celle du rosé de macération, parfois appelé rosé de saignée. Ici, les raisins noirs sont foulés et mis en cuve pour une courte période de macération à basse température, généralement entre douze et vingt-quatre heures. Durant ce laps de temps, les pigments de la peau commencent à infuser et à colorer le jus. Lorsque le vigneron estime que la couleur et les arômes de fruits rouges sont parfaits, il sépare le jus des peaux en "saignant" la cuve, c'est-à-dire en laissant s'écouler le liquide par gravité. Ce processus donne des rosés à la robe beaucoup plus soutenue, de couleur groseille ou rubis clair. Ces vins, comme ceux de l'appellation Tavel, possèdent plus de matière, de structure et s'invitent plus volontiers à table.


Une vinification de haute précision


Une fois le jus rosé obtenu par l'une de ces deux méthodes, les peaux sont définitivement écartées et le liquide entame sa fermentation alcoolique à basse température, exactement comme un vin blanc. C'est une étape de haute précision, car le rosé est un vin fragile, très sensible à l'oxygène qui pourrait altérer sa robe et ternir ses arômes. Loin d'être un assemblage paresseux de fins de cuves, l'élaboration d'un grand rosé demande un contrôle permanent du froid pour emprisonner la fraîcheur du fruit et la délicatesse des parfums, faisant de sa "fabrication" un art de l'éphémère et de la justesse chronologique.

mercredi 17 septembre 2014

Cépage : le cabernet sauvignon

Bouteilles de vins de Bordeaux, terre du cabernet sauvignon (©DR).


Le Cabernet Sauvignon représente, par son prestige et son implantation mondiale, le pendant structurel du Pinot Noir. Si ce dernier mise tout sur la finesse et l'élégance, le Cabernet Sauvignon s'impose par sa puissance, sa profondeur tannique et son extraordinaire capacité de vieillissement. Pour le néophyte, ce cépage est souvent la première porte d'entrée vers les vins de garde, offrant une signature aromatique immédiatement reconnaissable qui évolue avec majesté au fil des décennies.


Un ancêtre bordelais né d'un croisement naturel


L'histoire du Cabernet Sauvignon est fascinante car elle est le fruit d'un accident botanique heureux. Des analyses génétiques ont révélé, à la fin du vingtième siècle, qu'il est issu d'un croisement naturel entre le Cabernet Franc et le Sauvignon Blanc, survenu probablement au dix-septième siècle dans le Sud-Ouest de la France. Cette lignée prestigieuse lui a conféré ses caractéristiques majeures : la puissance aromatique du Cabernet Franc alliée à une robustesse et une résistance accrues. S'il est aujourd'hui cultivé sur tous les continents, son cœur historique reste le Médoc, dans le Bordelais, où il a trouvé, sur les sols de graves bien drainés, son terroir de prédilection.


La force des sols graveleux et drainants


Contrairement au Pinot Noir qui craint la chaleur, le Cabernet Sauvignon est un cépage tardif qui nécessite une saison longue et chaude pour atteindre une maturité optimale. Il apprécie particulièrement les sols de graves, ces terres parsemées de cailloux qui emmagasinent la chaleur du soleil durant la journée pour la restituer à la vigne pendant la nuit. Ces sols pauvres, qui assurent un drainage parfait, forcent la vigne à réguler sa croissance, ce qui limite les rendements et concentre les arômes dans des baies à la peau épaisse et foncée. C'est cette peau riche en tanins et en composés colorants qui confère aux vins leur structure imposante et leur couleur sombre.


Une signature aromatique entre fruits noirs et notes végétales


À la dégustation, le Cabernet Sauvignon est réputé pour son profil aromatique très typé. Dans sa jeunesse, il dévoile des notes intenses de fruits noirs comme le cassis et la mûre, souvent accompagnées d'une touche caractéristique de poivron vert, liée à la présence de molécules appelées pyrazines. Lorsqu'il est cultivé dans des climats plus chauds, ces notes végétales s'effacent au profit d'un fruit plus confituré. Avec le temps, et grâce à l'élevage en fût de chêne qu'il supporte magnifiquement, il développe des arômes complexes de cèdre, de tabac, de réglisse et de graphite. Cette évolution aromatique, alliée à sa structure tannique ferme, lui permet d'atteindre des sommets de raffinement après dix, vingt ans ou plus de garde.


Un ambassadeur mondial du vin structuré


Si le Bordelais demeure sa référence stylistique, le Cabernet Sauvignon est devenu le cépage le plus planté au monde en raison de sa grande adaptabilité. En Californie, particulièrement dans la Napa Valley, il produit des vins opulents et solaires à la texture veloutée. En Australie, dans la région de Coonawarra, il révèle des notes d'eucalyptus uniques, tandis qu'au Chili, dans la Maipo Valley, il se distingue par une pureté de fruit remarquable. Contrairement au Pinot Noir qui demande une précision chirurgicale, le Cabernet Sauvignon est plus résistant aux maladies et plus facile à cultiver dans des climats secs. Il reste néanmoins un cépage qui exige une vinification rigoureuse et un élevage patient pour assouplir ses tanins puissants et livrer une expression harmonieuse, faisant de lui le pilier incontournable de la grande gastronomie mondiale.

samedi 13 septembre 2014

"Les drones, de nouveaux alliés au service de la vigne et du vin"

Château pape-Clément : un des premiers domaines du Bordelais à avoir utilisé un drone (©DR).



Nous reproduisons ici dans son intégralité, l'article paru il y a deux jours, le 11 septembre dernier dans le support Centre Presse - Aveyron. Il est à notre connaissance l'un des tous premiers à associer vignoble et utilisation d'un drone dans un vignoble français. Pour rappel, l'Hexagone est le premier pays au monde à s'être équipé d'une législation sur l'usage du drone, c'était en 2012, ils a deux ans !

"Les technologies satellitaires autant que les drones investissent de plus en plus les rangs de vignes des prestigieux châteaux bordelais, permettant de réaliser des cartes de la vigueur des ceps qui aident notamment à vendanger des raisins à maturité optimale.

Ces cartes, qui relèvent exclusivement l'activité chlorophyllienne des feuilles de vigne, sont devenues des indicateurs de précision dont certains grands crus bordelais ne veulent plus se passer tant leurs applications sont multiples et précieuses: gestion de la fertilisation au printemps, entretien des sols et taille pendant l'hiver, enfin récolte du raisin à l'automne.

Depuis un an, au Château Malartic-Lagravière, en appellation Pessac-Léognan, les prises de vues par hélicoptère, "coûteuses et compliquées à mettre en œuvre", ont laissé place aux images satellite. "Cela nous permet de voir la vigueur de la vigne sur une évolution annuelle", se félicite le directeur de ce grand cru classé, Jean-Jacques Bonnie. "Lors des travaux d'entretien d'hiver, on peut ainsi jouer sur la taille ou trouver la cause en cas de faible vigueur", explique-t-il.

Mobilisés pour prendre ces clichés infrarouge, les satellites Spot-5 ou Formosat-2 ne peuvent toutefois opérer que lorsque le ciel est dégagé de nuages. Baptisé Oenoview, le système a été mis au point voici quatre ans par le groupe EADS Astrium et l'Institut coopératif du vin (ICV), qui vend des produits et services à la filière viticole et vinicole. EADS s'est inspiré de l'expérience d'un système similaire destiné aux céréales en service depuis 1996.

Moins contraignants et plus précis, les drones viennent à leur tour épauler les viticulteurs, fournissant également des clichés infrarouges qui, après traitement informatique, établissent une carte légendée de la vigueur de la vigne. Pour Henri Borreill, président fondateur de la société de drones Exametrics, qui tente de s'imposer sur ce marché naissant, le drone offre l'avantage sur le satellite de "différencier vigne et enherbement entre les rangées", évitant alors de "confondre le stress hydrique de la vigne avec celui de l'herbe".


Travail de précision

Au Château Pape-Clément, grand cru classé de Graves, propriété des vignobles Bernard Magrez, "l'homme aux 40 châteaux", les vendanges approchent. Posté au milieu des vignes, Henri Borreill fait voler son drone à quatre hélices, équipé d'un appareil photo, au-dessus des parcelles dont le propriétaire souhaite analyser la vigueur. Après des essais lancés l'été dernier, le magnat bordelais est le premier à avoir acquis, en février, son propre drone, baptisé "Vers l'excellence", pour ses quatre grands crus dans chacune des appellations classées de Bordeaux.

La carte infrarouge qui résultera de ces clichés aidera à déterminer la maturité optimale des raisins, et donc de programmer, si besoin, des vendanges décalées dans le temps. "Si l'on constate par exemple qu'en bout de parcelle la vigne est moins vigoureuse, nous enverrons une équipe de vendangeurs pour la récolter", explique Jeanne Lacombe, directrice de Pape-Clément. Car lorsque la vigne manque d'eau, elle se met +en dormance+ et la maturation du raisin s'arrête. Il s'agit alors de le récolter le plus rapidement possible afin que l'acidité ne tombe pas en flèche ou que le jus ne prenne pas un goût de "cuit".

"Auparavant, on aurait mélangé l'ensemble de la parcelle", admet Jeanne Lacombe, alors que l'objectif est d'obtenir des parcelles les plus homogènes possibles afin que le raisin fermenté dans des cuves correspondant à ces parcelles soit, lui aussi, homogène. Et ce, avant les assemblages avec les différentes parcelles des cépages traditionnellement utilisées à Bordeaux: cabernet franc, cabernet sauvignon et merlot.

Toutefois, le drone ne peut pas tout faire, reconnaissent les vignerons, les analyses en laboratoire (acidité, sucre, concentration phénolique) et les dégustations de raisin sur pied restent fondamentales.

Au-delà des vendanges, les images prises par les drones tout au long de l'année permettent "d'adapter notre travail au quotidien" car désormais "toutes les tâches opérées sont inspirées des cartes de vigueur", constate Jeanne Lacombe. "Vu du ciel, nous avons une unité de travail plus petite, car on segmente nos parcelles, on détecte donc des variabilités intraparcellaires", explique-t-elle, se réjouissant d'un "travail de précision".

Source : AFP"

jeudi 22 mai 2014

Cépage : le pinot noir

Le point noir, incontournable bourguignon (©DR).


Le Pinot Noir est souvent décrit comme le cépage le plus exigeant, le plus complexe et le plus gratifiant de la viticulture mondiale. Véritable « prince des cépages noirs », il possède une identité sensorielle unique, caractérisée par une robe modérée, une acidité fine et un bouquet aromatique qui évolue du fruit rouge frais, comme la cerise ou la framboise, vers des notes plus complexes de sous-bois, d'épices et de cuir avec le temps. Pour les néophytes, aborder le Pinot Noir, c'est accepter d'apprivoiser une variété capable de traduire avec une fidélité absolue les moindres nuances de son environnement.


Une origine bourguignonne millénaire


L'histoire du Pinot Noir est indissociable de la Bourgogne, où il est cultivé depuis l'Antiquité. Déjà mentionné sous des noms proches par les auteurs romains, il a été patiemment sélectionné par les moines cisterciens au Moyen Âge, qui ont délimité les terroirs les plus propices à son épanouissement, donnant naissance à la hiérarchie des climats que nous connaissons encore aujourd'hui. Il s'agit d'un cépage génétiquement ancien et instable, ce qui signifie qu'il mute facilement, expliquant pourquoi il existe aujourd'hui une multitude de clones aux comportements différents. Son nom lui-même, "pinot", viendrait de la forme de sa grappe, petite et serrée, évoquant une pomme de pin.


La quête d'un équilibre sur les sols calcaires


Le Pinot Noir est une variété qui s'épanouit pleinement dans les climats frais. Trop de chaleur le rendrait lourd et perdrait sa finesse aromatique caractéristique, tandis qu'un climat trop froid l'empêcherait de mûrir correctement. C'est sur les sols calcaires et marneux de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune qu'il exprime sa plus grande profondeur. La structure calcaire du sol permet un excellent drainage tout en apportant une minéralité et une tension acide qui équilibrent la richesse du fruit. Ces sols pauvres obligent la vigne à plonger ses racines en profondeur pour puiser les nutriments, ce qui favorise la concentration des arômes dans des baies à la peau très fine.


Un caméléon mondial aux multiples visages


Si la Bourgogne demeure sa terre d'élection incontestée, le Pinot Noir a conquis de nombreuses régions viticoles mondiales, chacune apportant une facette nouvelle à sa personnalité. En Champagne, il est utilisé seul ou en assemblage pour apporter corps et puissance aux vins effervescents. En Allemagne, sous le nom de Spätburgunder, il produit des vins élégants dans des régions plus septentrionales. Dans le Nouveau Monde, des régions comme la Willamette Valley en Oregon, ou certaines zones de Californie et de Nouvelle-Zélande, ont su tirer parti de terroirs frais pour proposer des Pinot Noir au fruit éclatant et pur, très différents de la structure plus austère que l'on peut parfois trouver dans les jeunes vins bourguignons.


Les défis d'un cépage fragile


La culture du Pinot Noir reste un défi constant pour le vigneron. En raison de la finesse de sa peau, il est extrêmement sensible aux maladies cryptogamiques, à la pourriture grise et aux variations climatiques. Sa précocité en fait une cible privilégiée des gelées printanières. Ces difficultés culturales expliquent pourquoi le Pinot Noir est un vin souvent onéreux : la récolte est incertaine et nécessite un soin méticuleux à la vigne comme en cave. Cependant, cette vulnérabilité est précisément ce qui en fait un cépage passionnant ; il ne pardonne pas les erreurs et demande un savoir-faire poussé pour révéler la quintessence de son terroir. À la dégustation, cette fragilité se transforme en une élégance aérienne qui demeure, pour beaucoup d'amateurs, le sommet de l'expression du vin rouge.

vendredi 18 avril 2014

Histoire : 1863, origines et crise du phylloxera - 1/3

Le phylloxera, plus de 30 ans de crise en France (©DR).


L'histoire du phylloxéra est sans doute la tragédie la plus marquante de l'histoire viticole mondiale. Ce minuscule puceron, invisible à l'œil nu, a provoqué à la fin du XIXe siècle un véritable cataclysme qui a failli rayer la vigne européenne de la carte. Cette crise sans précédent, née de la mondialisation naissante et des échanges botaniques, a bouleversé à jamais la géographie, l'économie et les méthodes de culture de nos vignobles, forçant les vignerons à une remise en question totale.


Une origine américaine méconnue


Le phylloxéra, nommé scientifiquement Daktulosphaira vitifoliae, est originaire de l'est de l'Amérique du Nord. Sur ce continent, les vignes indigènes avaient développé, au fil des millénaires, une résistance naturelle à ce parasite. Le puceron y vivait en symbiose, piquant les feuilles pour y pondre ses œufs, sans pour autant causer de dommages mortels aux racines. Le drame commence au milieu du XIXe siècle, lorsque des botanistes et des collectionneurs européens, avides de nouveautés, importent des plants de vigne américains pour enrichir leurs jardins ou tenter d'améliorer les variétés locales. Ces pieds de vigne, transportés par bateau, servaient de refuge aux larves de phylloxéra, qui ont ainsi traversé l'Atlantique en passagers clandestins.


L'arrivée et la propagation en France


La première apparition du parasite en France est officiellement documentée en 1863, dans le département du Gard, bien que son identification exacte ne se fasse que quelques années plus tard. Le mal se propage avec une rapidité fulgurante. Les vignerons, désemparés, assistent impuissants au dépérissement mystérieux de leurs vignobles. Contrairement aux variétés américaines, les vignes européennes (Vitis vinifera) ne présentaient aucune défense immunitaire contre les piqûres du phylloxéra sur leurs racines. Ces piqûres provoquaient des galles, entraînant une pourriture racinaire fatale. En seulement deux décennies, la quasi-totalité du vignoble français a été dévastée, plongeant des régions entières dans une misère économique profonde et entraînant l'exode rural de nombreux viticulteurs.


Une onde de choc européenne


La France n'a pas été la seule victime de cette invasion. À partir de ses foyers français, le puceron s'est propagé méthodiquement à travers tout le continent européen, profitant des réseaux commerciaux en pleine expansion. L'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Suisse et l'Allemagne furent tour à tour touchés, voyant leurs structures viticoles séculaires s'effondrer en quelques années. Cette épidémie a forcé une prise de conscience internationale sur la nécessité d'une surveillance sanitaire des frontières. Elle a marqué la fin d'une ère viticole "sauvage" et a imposé, par la force des choses, une coopération scientifique inédite entre les pays européens pour tenter de comprendre et de contrer ce fléau qui menaçait l'un des piliers de l'économie agricole du Vieux Continent.

vendredi 7 mars 2014

Qu'est-ce que le label HVE en viticulture ?

Que signifie "HVE" en viticulture ? (©DR).


La Haute Valeur Environnementale, plus connue sous son sigle HVE, est une certification française qui suscite souvent la curiosité, voire une certaine confusion, chez les amateurs de vin. Alors que le label biologique se concentre sur l'interdiction des produits chimiques de synthèse, la HVE adopte une approche différente, plus globale, visant à évaluer la performance environnementale d'une exploitation viticole dans son ensemble. Pour le consommateur, il est essentiel de bien comprendre ce que recouvre cette mention afin de faire un choix éclairé en rayon.


Une certification basée sur la performance globale


Contrairement au label bio qui impose des méthodes culturales précises, la HVE est une certification dite de moyens et de résultats qui repose sur une approche multicritères. Elle évalue l'exploitation selon quatre indicateurs clés : la préservation de la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et la gestion de la ressource en eau. Un domaine viticole peut ainsi être certifié HVE sans pour autant exclure totalement les produits de synthèse, à condition que ses pratiques globales garantissent une pression environnementale réduite au strict minimum et une présence significative d'éléments naturels comme les haies, les bandes enherbées ou les zones boisées au sein du vignoble.


Un outil de transition pour le vignoble français


La création de la HVE répond à la volonté des pouvoirs publics de valoriser les viticulteurs qui s'engagent dans des démarches de progrès, sans forcément basculer immédiatement vers le modèle biologique. Ce label agit comme un moteur de transition, encourageant les domaines à mesurer leur empreinte écologique, à réduire les intrants et à favoriser les auxiliaires de culture naturels, tels que les insectes prédateurs ou les sols vivants. Pour beaucoup d'exploitations, la HVE constitue une première étape structurante, leur permettant d'adopter des pratiques plus vertueuses tout en conservant une flexibilité opérationnelle face aux aléas climatiques ou aux pressions sanitaires spécifiques à certaines années.


Les clés pour une consommation éclairée


Il est crucial pour le consommateur de distinguer la HVE de l'agriculture biologique, car les deux labels ne garantissent pas les mêmes exigences. La HVE ne bannit pas les pesticides de synthèse, là où le label bio les interdit formellement. Elle est plutôt le témoin d'une exploitation qui a engagé une démarche de gestion responsable et raisonnée. Si la mention HVE sur une bouteille assure une prise de conscience environnementale réelle du producteur et le maintien d'une biodiversité sur ses terres, elle ne signifie pas "sans pesticides". En étant averti de ces nuances, le consommateur peut mieux appréhender la réalité derrière l'étiquette et choisir le vin qui correspond le mieux à ses propres valeurs éthiques et environnementales.

lundi 24 février 2014

Une affaire qui marque une étape dans le vignoble français : l'affaire Giboulot

Une affaire qui interrogea toute la filière du vin (©DR).


Ce dossier ne concerne pas une fraude à un concours viticole, mais une confrontation judiciaire majeure entre un viticulteur bourguignon et l'administration française autour de problématiques environnementales et de liberté de traitement de la vigne.


Les origines de ce conflit


L'affaire débute en 2013 en Côte-d'Or. Le préfet de région impose à l'ensemble des viticulteurs du secteur, dont Emmanuel Giboulot, vigneron en biodynamie à Beaune, de traiter leurs vignes contre la flavescence dorée, une maladie de la vigne transmise par un insecte vecteur, la cicadelle. Ce traitement insecticide obligatoire, préconisé par les autorités sanitaires pour éviter la propagation de la maladie, est jugé attentatoire à l'environnement par le viticulteur, qui refuse d'appliquer ces produits chimiques sur ses parcelles certifiées en agriculture biologique et biodynamique.

Le refus d'Emmanuel Giboulot de se conformer à cet arrêté préfectoral est alors perçu par les autorités comme un risque sanitaire grave pour l'ensemble du vignoble bourguignon, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ce positionnement militant, fondé sur la volonté de préserver la biodiversité de ses terres, déclenche une procédure judiciaire pour non-respect d'une obligation de traitement phytosanitaire imposée par l'administration.


Le procès et le retentissement national


Le dossier devient une affaire nationale le 24 février 2014, date à laquelle le viticulteur comparaît devant le tribunal correctionnel de Dijon. Le procès cristallise une opposition forte entre, d'une part, la gestion préventive et sécuritaire de l'État, et d'autre part, la liberté de gestion culturale des vignerons engagés dans des méthodes alternatives. Le soutien populaire, relayé par de nombreuses associations environnementales et des personnalités publiques, transforme ce débat local en un symbole de la lutte pour une agriculture sans pesticides.

Les débats se concentrent sur la proportionnalité de la mesure et l'efficacité des méthodes alternatives défendues par l'accusé. Le 7 avril 2014, le tribunal rend son délibéré : Emmanuel Giboulot est reconnu coupable, mais écope d'une condamnation symbolique. Il est condamné à une amende de 500 euros, dont 250 avec sursis, une peine bien plus légère que les réquisitions initiales du parquet, qui avait demandé une amende beaucoup plus conséquente et une peine privative de liberté potentielle.


La conclusion de l'affaire et ses enseignements


Bien qu'il ait fait appel de cette décision pour contester le principe même de la culpabilité, la cour d'appel de Dijon confirme, en décembre 2014, la condamnation initiale en maintenant l'amende de 500 euros. Emmanuel Giboulot choisit alors de ne pas se pourvoir en cassation, mettant fin au feuilleton judiciaire.

Cette affaire a durablement marqué la viticulture française. Elle a ouvert un espace de dialogue indispensable entre les institutions sanitaires et les vignerons pratiquant l'agriculture biologique, conduisant à une meilleure prise en compte des méthodes de lutte biologique dans les plans de prévention contre les maladies de la vigne. L'affaire Giboulot reste aujourd'hui citée comme un tournant dans la manière dont la filière vin appréhende les enjeux de transition agroécologique et la place du citoyen-producteur face aux décisions administratives.

dimanche 9 février 2014

Quel vin avec quel plat ? Italie

La richesse des vins italiens et des idées pour les marier


L'Italie est le terrain de jeu idéal, car sa culture culinaire est indissociable de son patrimoine viticole. Le secret des accords réussis avec les vins italiens repose sur un principe fondamental : le régionalisme. Les vins d'une région possèdent naturellement l'acidité, la structure ou la fraîcheur idéales pour sublimer les spécialités locales de cette même terre. Voici un tour d'horizon des grands flacons de la péninsule et des assiettes qui leur font honneur.


L'accord parfait avec les pâtes en sauce rouge


Pour escorter des plats mijotés emblématiques comme les pâtes à la bolognaise (ragù) ou des lasagnes traditionnelles, il faut un vin rouge capable de rivaliser avec l'acidité de la tomate et le gras de la viande. Le Chianti Classico, produit en Toscane à base du cépage Sangiovese, excelle dans cet exercice. Son acidité naturelle salivante et ses notes de cerise griotte tranchent parfaitement à travers la richesse de la sauce sans jamais écraser le plat, créant un équilibre d'une grande fluidité en bouche.


Les viandes rôties et le roi des vins piémontais


Face à une pièce de bœuf généreuse, une célèbre Bistecca alla Fiorentina ou un gibier à plumes, la table italienne exige de la puissance et de la complexité. C'est ici qu'entre en scène le Barolo, le joyau du Piémont issu du cépage Nebbiolo. Ce vin rouge de garde, caractérisé par des tanins fermes et des arômes de rose fanée, de goudron et de sous-bois, a besoin de la structure de la viande rouge et du gras d'une cuisson au gril pour s'assouplir. Le gras de la viande vient envelopper les tanins du vin, révélant une longueur en bouche exceptionnelle.


Les risottos crémeux et les blancs du Nord


Le risotto, notamment le classique risotto alla milanese safrané ou une version aux champignons des bois, demande un vin blanc doté d'une belle texture mais surtout d'une grande fraîcheur pour contrer l'onctuosité du beurre et du parmesan. Un Soave Classico de Vénétie, élaboré à partir du cépage Garganega, ou un Pinot Grigio du Frioul apportent des notes de poire, d'amande fraîche et une minéralité vibrante. Cette vivacité vient rincer le palais après chaque bouchée crémeuse, incitant immédiatement à se replonger dans l'assiette.


Les pizzas et la fraîcheur des rouges du Sud


Pour une authentique pizza napolitaine, qu'elle soit Margherita ou garnie de charcuterie fine comme le salami piquant, les rouges légers et fruités du Sud de l'Italie font des merveilles. Un vin de l'Etna (Etna Rosso) à base du cépage Nerello Mascalese, ou un Primitivo des Pouilles servi légèrement rafraîchi, offre une explosion de fruits rouges et une souplesse idéale. Leurs tanins discrets respectent la pâte croustillante et le fromage fondu, tandis que leur gourmandise s'accorde avec la simplicité conviviale de ce plat universel.

jeudi 16 janvier 2014

Insolite : des vignes de chardonnay (re)plantées en… Baie de Somme !

La Baie de Somme renoue avec une ancienne production (©DR).


La présence de vignes en Baie de Somme, terre traditionnellement tournée vers la mer et l’élevage, peut sembler surprenante. Pourtant, un projet audacieux s'inscrit depuis l'année dernière - 2013 - dans un mouvement contemporain de redécouverte de terroirs septentrionaux oubliés, rendu possible par l'évolution des conditions climatiques et une volonté farouche de valoriser le patrimoine local. Cette initiative illustre la capacité du vignoble français à repousser ses frontières géographiques, en s'appuyant sur des passionnés décidés à écrire une nouvelle page de l'histoire viticole picarde.


Un projet né d'une passion familiale


L'aventure viticole en Baie de Somme est indissociable de l'engagement de la famille Saint-Fuscien. C'est en effet au sein du domaine de la famille, situé sur la commune de Saint-Valery-sur-Somme, que ce projet a pris racine. Porté par une volonté de diversifier les activités agricoles tout en renouant avec des traces historiques de viticulture dans la région, le projet a été lancé en plantant les premières parcelles sur des terres au microclimat particulier, abritées des vents dominants. L'objectif était clair : démontrer qu'avec une sélection rigoureuse des cépages et un soin agronomique de chaque instant, il était possible de produire un vin de caractère en terre picarde.


Des cépages adaptés à la rigueur du Nord


La réussite de ce projet repose sur un choix variétal minutieux, privilégiant des cépages précoces capables de mûrir dans un climat océanique frais. Les parcelles plantées, notamment avec des variétés comme le Chardonnay ou certains cépages résistants, bénéficient de la réverbération du soleil et d'une influence saline apportée par la proximité immédiate de la mer. La gestion de la vigne y est exigeante, nécessitant une attention constante pour protéger les pieds de l'humidité ambiante. Grâce à ces efforts, les vignerons parviennent à extraire des raisins présentant une belle acidité et une finesse aromatique qui confèrent aux vins une identité minérale très marquée, véritable signature du terroir maritime.


La renaissance d'une tradition historique


Si ce projet peut paraître avant-gardiste, il s'inscrit en réalité dans une démarche de mémoire. Historiquement, la Picardie a connu une présence viticole significative avant que les aléas climatiques du Petit Âge Glaciaire et les pressions économiques ne conduisent à son abandon progressif. En replantant la vigne à Saint-Valery-sur-Somme, les initiateurs ne font pas qu'innover ; ils réhabilitent une culture qui faisait autrefois partie du paysage local. Ce renouveau, porté par une approche artisanale, s'inscrit pleinement dans la dynamique actuelle de valorisation des produits du terroir en Baie de Somme, ajoutant une facette gastronomique inédite à une région déjà célèbre pour ses richesses naturelles.

dimanche 12 janvier 2014

C'est quoi, le cépage d'un vin ?

Planche d'ampélographie pour l'étude des cépages (©DR).


Le cépage est, par définition, la variété de vigne cultivée pour produire du vin. Tout comme il existe différentes variétés de pommes, comme la Golden, la Gala ou la Granny Smith, il existe des centaines de variétés de raisin, appelées cépages, qui possèdent chacune leurs propres caractéristiques aromatiques, leur résistance aux maladies et leur précocité de maturation.


Le cépage est l'identité génétique du vin : c'est lui qui dicte, pour une grande part, la couleur, la structure, les arômes et le potentiel de garde du breuvage final, bien que le terroir et le savoir-faire du vigneron influencent également le résultat.


Faut-il évoquer l'ampélographie ?


L'ampélographie est la science qui étudie, décrit et classifie les cépages. Bien qu'elle soit fondamentale pour les experts, il n'est pas nécessaire de l'aborder en profondeur pour initier un débutant. En revanche, en mentionner l'existence permet de donner du crédit à la complexité du monde viticole. Il suffit de définir l'ampélographie comme la "botanique de la vigne", une discipline qui analyse la forme des feuilles, la taille des grappes et la couleur des baies pour identifier chaque variété. Pour le grand public, l'essentiel est de comprendre que le cépage est le caractère biologique du vin, et que l'ampélographie est simplement l'outil scientifique qui permet de nommer et de distinguer ces variétés entre elles.


Quelques exemples emblématiques


Pour mieux comprendre la notion de cépage, il est utile de se pencher sur les variétés les plus célèbres qui façonnent la réputation des vins mondiaux. Le Pinot Noir est un exemple parfait de cépage capricieux mais capable de produire certains des vins rouges les plus élégants et complexes, notamment en Bourgogne. À l'opposé, le Cabernet Sauvignon, très répandu dans le Bordelais, est reconnu pour sa capacité à produire des vins structurés, tanniques et aptes à une très longue garde.

Du côté des vins blancs, le Chardonnay est sans doute le cépage le plus polyvalent au monde, capable de s'adapter à des climats très variés pour offrir des profils allant de la tension minérale à la richesse beurrée. Le Sauvignon Blanc, quant à lui, est célèbre pour ses notes aromatiques marquées, souvent décrites comme herbacées, citronnées ou évoquant les fruits exotiques. Ces exemples démontrent que derrière chaque étiquette se cache un patrimoine génétique qui influence directement le plaisir ressenti à la dégustation.


Cépage unique versus assemblage


Le débutant doit également comprendre que le vin peut être issu d'un seul cépage ou d'un mélange. On parle de vin de cépage lorsque la bouteille met en avant une variété unique, une pratique très courante en Alsace ou dans le Nouveau Monde. À l'inverse, l'assemblage consiste à marier plusieurs cépages complémentaires pour créer un vin équilibré. Dans le Bordelais, par exemple, on assemble souvent le Cabernet Sauvignon, le Merlot et le Cabernet Franc pour tirer le meilleur de chaque variété : le premier apporte la structure, le second la rondeur et le troisième la finesse aromatique. Cette pratique de l'assemblage témoigne de la créativité du vigneron, qui utilise ses cépages comme un peintre utilise ses couleurs pour composer une œuvre harmonieuse.