Certains
« spécialistes » du vin tirent à boulets rouges sur les vins
médaillés et la floraison impressionnante de concours nationaux, régionaux ou
internationaux… Tout comme le monde du vin, celui des concours est fait de
nuances… Pour défaire le vrai du faux, j'ai participé au jury du concours général agricole…
Le
concours général agricole, Vinalies internationales, le concours des vignerons
indépendants, le concours régional des vins du Sud-Ouest, le concours des vins
Orange, ou encore le concours des grands vins du Languedoc-Roussillon… Les
concours se sont multipliés depuis quelques années (le concours régional des
vins du Sud-Ouest date de 1995, le concours des grands vins du
Languedoc-Roussillon de 2006…) et leur corollaire, le nombre de vins médaillés,
aussi… Aujourd'hui, de plus en plus de critiques s’élèvent contre cette multiplication de dégustations (qu’il s’agisse de revues spécialisées ou de blogueurs autoproclamés « avertis ») et de leurs conséquences, la multiplication des vins arborant des médailles.
Tout
le monde dans le même bain ?
Pour
certains, point de salut, tous les concours obéissent à la logique de
l’invincible grande distribution. C’est à mon avis, simplifier un peu trop le sujet.
Homme de nuances, j'ai donc décidé d'aller voir ce qu'il se passait derrière le miroir d'un des plus connus et en tout cas respecté : le Concours général agricole… D'emblée, on peut lire sur son site : « C'est un concours de référence, reconnu pour son impartialité, conséquence d'un processus rigoureux de présélections et de sélections et la valeur des résultats. »
Vous
avez dit 30 % de vins médaillés ?
S’il
est vrai que les droits de participations sont chers (comptez jusqu’à presque
300 € pour la participation d’un vin à l’édition 2013), cela permet aussi de
limiter le nombre d’échantillon par producteur. Quant à la limite de 33 % de
vins médaillés, il serait plus juste de dire « médaillables ».
Si,
sur une table d’échantillons, aucun produit ne sort du lot, pourquoi donner des
médailles… Ce tiers de produits est un maximum, non pas une obligation,
conformément aux recommandations de l’OIV. Comme en témoigne Dominique, amateur
très éclairé qui participait cette année à son dixième jury : « Comme
ce fut le cas une année, sur une table de grands vins blancs bourguignons, on
se doutait que les grands noms n’avaient pas besoin de médailles pour se faire
connaître. Résultat, on a récupéré quelques producteurs médiocres… mais aucun
n’a eu de médaille… »
Autres
chiffres : il y avait 1500 échantillons présents (AOC et IGP) lors du
concours des grands vins du Languedoc-Roussillon, seuls 56 ont été médaillés
d’or !
Des
vins médaillés chez des cavistes ?
Une
question que ne sont pas posés mes « homologues ». Pourquoi les
cavistes indépendants proposeraient-ils les mêmes vins que la grande
distribution ? Si cette dernière s’est accaparée la vente des vins
médaillés, il est bien évident que les petits « artisans » ne vont
pas se bousculer pour lui emboîter le pas !
On
peut aussi se demander pourquoi, par exemple, quelque… 16 577 vins ont été
envoyés en compétition cette année 2012 au concours général agricole, dont l’un
des objectifs est de valoriser une production…
Les
gardiens du temple
Pour
ce qui est de la représentativité du vignoble, au concours général agricole, on
est pas là pour rigoler : les échantillons sont préalablement testés afin
d’évincer ceux qui ne seraient pas conformes à l’AOC (AOP aujourd’hui, normes
européennes obligent). Ce point, assumé par l’INAO (Institut National des
Appellations d’Origine, aussi appelé Institut National de l’origine et de la
qualité) permet donc de proposer aux jurys, et donc au-delà aux consommateurs,
des vins conforment à leur cahier des charges.
Ce
choix assumé est aussi celui d’autres organismes qui souhaitent proposer au
public des vins qui entrent dans la typicité de leur appellation. C’est le cas
des quatre Maisons des vins des pays de Loire qui proposent à la vente dans
leurs locaux des vins qui témoignent de leur unicité…
En
guise de conclusion
Aux
détracteurs des vins médaillés : sachez, pour avoir été cette année un des
membres du jury lors du dernier concours agricole, que les tables sont, dans
leurs très grandes majorités, composés de professionnels de la filière
(œnologues, vignerons, négociants…) et d’amateurs avisés qui - tous participants à titre gracieux - savent bien que
les vins proposés ne sera pas crème de l’appellation, mais les deuxièmes
couteaux…
Alors,
quand on lit des propos comme ceux-là : « La seule garantie d’une
médaille, c’est que le vin qu’elle récompense ne s’en est pas trop mal tiré
lors d’un concours dont on ne connaît ni les règles, ni le jury, ni – et c’est
le plus important, s’agissant d’un concours – le niveau moyen des
participants », la moindre des choses est d’aller pêcher l’info là où elle
est, sinon de passer son chemin pour aller gloser de sujet que l’on connaît…