vendredi 23 octobre 2015

Idée reçue : le vin rouge s'accommode avec tous les fromages !

Tous les fromages ne se marient pas avec le vin rouge ! (©Stockcreations/123RF).




L'idée selon laquelle le vin rouge s'accorde universellement avec tous les fromages est probablement l'un des mythes les plus tenaces de la table française. En réalité, il s'agit bien souvent d'un contresens majeur pour nos papilles. Ci-dessous, 
une mise au point complète sur cette idée reçue…


Une fausse évidence culturelle à déconstruire


L'association systématique du vin rouge et du fromage relève plus de la commodité et de l'habitude sociale que d'une véritable harmonie gustative. Pendant des générations, la fin du repas rimait avec l'ouverture d'une belle bouteille de rouge, que l'on prolongeait naturellement sur le plateau de fromages avant le dessert. Pourtant, la science du goût et les sommeliers s'accordent aujourd'hui à dire que cette alliance est loin d'être idéale. Le vin rouge, particulièrement s'il est puissant et boisé, contient des tanins qui entrent en collision frontale avec les caractéristiques de nombreux fromages, créant des sensations désagréables en bouche.


Le piège chimique des tanins et du gras


Pour comprendre la nuance nécessaire, il faut se pencher sur la réaction chimique qui s'opère lors de la dégustation. Les tanins du vin rouge proviennent de la peau du raisin et du vieillissement en fût de chêne ; ils apportent de la structure et une sensation d'assèchement. Face à eux, le fromage présente une texture grasse, de l'onctuosité et une forte présence de sel ou d'acidité lactique. Lorsque le vin rouge rencontre les protéines du lait, les tanins durcissent et prennent un goût métallique, amer ou crayeux, tandis que la délicatesse du fromage est totalement écrasée par la puissance de l'alcool.


Des exemples de mariages désastreux


Certains types de fromages illustrent parfaitement cette incompatibilité avec le rouge. Prenez l'exemple des fromages à pâte persillée comme le Roquefort ou le Bleu d'Auvergne, dont le sel et les moisissures font ressortir l'amertume du vin rouge de manière agressive. De même, les fromages à croûte lavée au caractère bien trempé, comme l'Époisses, le Munster ou le Maroilles, saturent le palais et transforment le vin rouge en un liquide plat et sans nuances. Même un camembert bien fait, riche en ammoniac, détruit instantanément la structure d'un grand vin rouge de Bordeaux ou de la Vallée du Rhône.


Les véritables alliés du plateau de fromages


La véritable nuance consiste à redonner sa juste place au vin blanc, qui s'avère être le compagnon idéal de la grande majorité des fromages. L'acidité naturelle du vin blanc permet de couper le gras du fromage et de nettoyer le palais, tandis que l'absence de tanins évite tout conflit de textures. Un Sancerre ou un Pouilly-Fumé blanc fait des merveilles sur un fromage de chèvre comme le Crottin de Chavignol. Un vin blanc du Jura ou un Meursault sublime un vieux Comté grâce à des notes de fruits secs communes. Pour les bleus, l'accord magique se fait avec des vins blancs liquoreux comme un Sauternes, où le sucre et le sel s'équilibrent magnifiquement. Si l'on tient absolument au vin rouge, il faut alors choisir des vins très peu tanniques, légers et fruités, comme un Beaujolais ou un Pinot Noir d'Alsace, capables de caresser le fromage sans l'agresser.

mercredi 7 octobre 2015

Cépage : le sangiovese (Italie)

Le sangiovese, cépage emblématique du chianti (©DR).

Le Sangiovese s'impose comme le véritable pilier de la viticulture italienne. Originaire des collines du centre de l'Italie, son nom, dérivé du latin Sanguis Jovis ou "Sang de Jupiter", témoigne de son importance historique et de sa place centrale dans la culture méditerranéenne.


Le Sangiovese est une variété incroyablement plastique, capable de s'adapter à des terroirs très variés, tout en conservant une identité aromatique marquée qui en fait l'âme des plus grands vins de la péninsule.


Un cépage d'une grande complexité aromatique


La signature du Sangiovese réside dans son équilibre entre puissance et élégance. Sur le plan organoleptique, il se distingue par une robe rouge rubis aux reflets souvent grenat. Au nez, il révèle un bouquet riche et nuancé, dominé par des notes de cerise rouge, de violette, et parfois de thé noir ou d'épices douces lorsque le vin est élevé sous bois. En bouche, il est reconnu pour son acidité vivifiante et ses tanins fermes, des caractéristiques qui lui confèrent une excellente aptitude au vieillissement, lui permettant d'évoluer avec noblesse sur plusieurs décennies dans les meilleures cuvées.


L'architecte des grandes appellations italiennes


Le Sangiovese est le cœur battant des vins les plus prestigieux de Toscane et des régions environnantes. Il est l'unique composant du Brunello di Montalcino, où il exprime une concentration et une profondeur exceptionnelles. Il constitue également la base dominante du Chianti Classico, souvent assemblé avec d'autres variétés locales pour adoucir sa structure tannique. Au-delà des frontières de la Toscane, on le retrouve sous différents clones dans toute l'Italie centrale, notamment dans les Marches ou en Ombrie sous l'appellation Montefalco, prouvant sa capacité à interpréter chaque sol avec une précision remarquable.


Les défis de la viticulture moderne


Cultiver le Sangiovese n'est pas une mince affaire, car il s'agit d'un cépage exigeant qui requiert une attention particulière. Il débourre tôt et mûrit tard, ce qui le rend sensible aux aléas climatiques et aux pressions parasitaires. Pour obtenir l'excellence, les viticulteurs doivent pratiquer une gestion rigoureuse des rendements, car une vigne trop chargée donne des vins dilués qui perdent leur typicité. Grâce aux progrès des techniques agronomiques et à une meilleure sélection clonale, les producteurs parviennent aujourd'hui à dompter cette variété capricieuse pour en extraire toute la complexité, faisant du Sangiovese un ambassadeur indémodable du savoir-faire viticole italien à travers le monde.