jeudi 27 juin 2019

Vin bio : la France pourrait devenir première consommatrice mondiale !

Les vins bio en plein essor (© J.C. Moschetti / REA).



En ce début de troisième millénaire, la situation révèle un basculement civilisationnel dans notre rapport à la terre et à la vigne. Alors que le monde entre dans une phase de conscience écologique accrue, le marché du vin biologique s'impose comme l'un des indicateurs les plus fiables de cette mutation. Au cœur de ce mouvement, la France mène une marche irrésistible, transformant ses habitudes de consommation pour s'apprêter à détrôner le géant allemand, jusque-là indétrônable leader du secteur.


L'éveil d'une décennie charnière


En 2013, le vin biologique représentait une part encore modeste du marché mondial, oscillant autour de 1,5 % du volume total. Pourtant, les prémices d'une accélération est déjà visibles dans les statistiques. La France, forte de son terroir et d'une tradition viticole ancrée dans le savoir-faire, a entamé une progression fulgurante. Si l'Allemagne domine encore aujourd'hui le classement des consommateurs grâce à une culture précoce du bio, l'Hexagone achève de structurer sa filière et démocratiser le produit. Nous assistons à une mutation des mentalités, où le vin biologique est passé du statut de curiosité pour initiés à celui d'une exigence de qualité et de santé publique pour une part croissante de la population.


Projections et réalités : la conquête du marché intérieur


Les projections réalisées ne laissent que peu de place au doute. Les analystes prédisent ces derniers temps que la France consommerait deux fois plus de vin bio d'ici deux ans, en 2021, qu'en 2013. Cette dynamique n'est pas un épiphénomène mais le résultat d'une conversion massive des domaines et d'une demande soutenue en magasins spécialisés, chez les cavistes et en vente directe. En 2023, la France pourrait s'installer comme un acteur hégémonique, représentant près de 20 % de la consommation mondiale. Ce succès, bien que gratifiant pour les producteurs français, aura alors mis en lumière la complexité de l'adéquation entre production et demande.


Le paradoxe des courbes de production mondiale


Malgré l'enthousiasme des consommateurs, la décennie 2013-2023 aura alors aussi révélé des courbes de production mondiale parfois en décalage avec les ambitions écologiques. Si de nos jours, la France, l'Allemagne et les États-Unis consomment majoritairement leurs propres productions, l'Italie et l'Espagne s'imposent comme les grands exportateurs mondiaux. Pourtant, vers 2023, la progression des surfaces certifiées bio devrait avoir connu des zones de turbulence. Des aléas climatiques croissants, combinés aux défis techniques de la conversion des vignobles, auront sans doute - au regard des projections - freiné la montée en puissance nécessaire pour répondre à une demande mondiale en expansion constante. Cette décennie passée aura été une période de régulation où la filière aura dû apprendre à concilier volume et durabilité, marquant la fin de l'insouciance productive au profit d'une gestion plus raisonnée des ressources viticoles face aux bouleversements environnementaux qui allaient suivre ! A suivre…

dimanche 23 juin 2019

Régions viticoles françaises : la vallée du Rhône

La vallée du Rhône, vignobles et Rhône majestueux (©DR).


Le vignoble de la vallée du Rhône est une transition magistrale entre la rigueur septentrionale et la générosité méditerranéenne. C’est une terre de pentes abruptes, de galets roulés et de vents violents qui donne naissance à des vins d'un caractère affirmé.


Introduction au couloir majestueux de la Vallée du Rhône


Le vignoble de la vallée du Rhône se déploie le long du fleuve éponyme sur près de deux cents kilomètres, depuis Vienne au nord jusqu'à Avignon au sud. Cette vaste région se divise distinctement en deux entités géographiques et climatiques radicalement différentes. Au nord, le Rhône septentrional est un vignoble de forte pente, caractérisé par des coteaux de granite abrupts et un climat tempéré continental. Au sud, le Rhône méridional s'ouvre sur de larges plaines et des collines baignées par le climat méditerranéen, où la vigne pousse au milieu des oliviers et de la garrigue sur des sols célèbres de galets roulés, d'argiles et de sables. Cette double identité permet à la vallée du Rhône de proposer une gamme d'une richesse exceptionnelle, dominée par des vins rouges puissants et chaleureux, mais complétée par des blancs aromatiques confidentiels et des rosés de caractère.


Une histoire  : marquée par les voies romaines et la papauté


La vallée du Rhône possède l'une des histoires viticoles les plus anciennes et les plus riches de France. Ce sont les Grecs puis les Romains qui, dès le premier siècle avant notre ère, colonisent les rives du fleuve et aménagent les terrasses escarpées du nord de la région, faisant de Vienne et de Lyon des plaques tournantes du commerce du vin dans l'Empire. Au Moyen Âge, l'histoire de la région bascule au XIVe siècle avec l'installation de la papauté à Avignon. Les papes successifs, notamment Jean XXII, développent de grands domaines viticoles autour de leur résidence d'été, jetant les bases du futur vignoble de Châteauneuf-du-Pape. Au XVIIe siècle, la réputation de la région s'officialise sous le nom de "Côte du Rhône", une zone de production soumise à des règles strictes de marquage des tonneaux pour éviter les fraudes. Enfin, la vallée du Rhône joue un rôle pionnier dans l'histoire moderne du vin français au début du XXe siècle grâce au baron Le Roy de Boiseaumarié, vigneron à Châteauneuf-du-Pape, qui rédige le premier cahier des charges d'une appellation, posant ainsi les fondations directes du système national des AOC en France.


Les cépages : l'expression de ceux-ci et la dualité des terroirs


La répartition des cépages dans la vallée du Rhône respecte scrupuleusement la division entre le nord et le sud de la région. Dans le Rhône septentrional, la Syrah est la reine absolue et l'unique cépage autorisé pour les vins rouges. Elle y puise sur les terrasses de granite une droiture, une fraîcheur et des arômes de poivre noir, de violette et de fruits noirs, magnifiés dans les appellations de Côte-Rôtie ou de Cornas. Les blancs du nord reposent sur le Viognier, qui donne à Condrieu des vins d'une opulence rare aux notes d'abricot et de pêche, ainsi que sur le duo Marsanne et Roussanne à Saint-Joseph ou Hermitage. Dans le Rhône méridional, la logique change pour laisser place à l'art de l'assemblage, dominé par le Grenache Noir. Ce cépage apporte de la rondeur, de la chaleur et des notes de fruits confits et d'épices, souvent associé à la Syrah et au Mourvèdre. Ce mariage s'exprime avec majesté à Châteauneuf-du-Pape, à Gigondas ou dans les Côtes du Rhône Villages. Pour les blancs du sud, les assemblages mêlent le Grenache Blanc, la Clairette, le Bourboulenc et la Roussanne, offrant des vins amples et méridionaux.


Les enjeux : crise structurelle et adaptations face aux mutations du marché


La situation actuelle de la vallée du Rhône est complexe et témoigne des profonds bouleversements qui touchent le monde viticole. La région fait face à une crise structurelle majeure de surproduction, qui frappe de plein fouet les appellations génériques des Côtes du Rhône régionales. Cette mévente est causée par la baisse continue de la consommation de vin rouge au quotidien en France et par un ralentissement marqué sur les grands marchés d'exportation traditionnels comme les États-Unis ou la Chine. Pour tenter de rééquilibrer le marché et d'assainir les cours du vin, la filière a dû se résoudre à mettre en œuvre des vagues d'arrachage définitif de vignes subventionnées par l'État et l'Union Européenne, visant à réduire le potentiel de production. Les vignerons cherchent leur salut dans une diversification de leur offre, en augmentant la production de vins blancs et de rosés frais, plus en phase avec la demande actuelle. Sur le plan agricole, le changement climatique représente un défi brûlant, le Mistral ne suffisant plus à rafraîchir des vignobles soumis à des sécheresses extrêmes et à des vagues de chaleur prolongées qui font grimper les degrés alcooliques et obligent à modifier l'encépagement au profit de variétés plus tardives et résistantes.


Liste exhaustive des Appellations d'Origine Contrôlées


Le vignoble de la Vallée du Rhône compte plus de 30 Appellations d'Origine Contrôlées. Elles s'organisent selon une hiérarchie pyramidale allant des appellations régionales jusqu'aux Crus prestigieux, divisés entre le nord et le sud.

Les appellations Régionales et les Côtes du Rhône Villages

Ces appellations de base et de niveau intermédiaire couvrent une grande partie du territoire rhénan. On y retrouve l'AOC Côtes du Rhône (qui s'applique sur toute la vallée) et l'AOC Côtes du Rhône Villages (qui peut être commercialisée de manière générale). Au sein des villages, plusieurs communes ont acquis le droit d'apposer leur nom sur l'étiquette en raison de la qualité de leur terroir. Il s'agit des dénominations suivantes : Gadagne, Laudun, Massif d'Uchaux, Nyons, Plan de Dieu, Puyméras, Roaix, Rochegude, Rousset-les-Vignes, Sablet, Saint-Gervais, Saint-Maurice, Saint-Pantaléon-les-Vignes, Séguret, Signargues, Suze-la-Rousse, Sainte-Cécile, Valréas, Visan et Chusclan.

Les Crus du Rhône Septentrional

Situés au nord de la région, ces vignobles de coteaux représentent l'élite de la Syrah et des blancs septentrionaux. La liste officielle comprend Côte-Rôtie, Condrieu, Château-Grillet (qui est une appellation correspondant à un domaine unique), Saint-Joseph, Cornas, Saint-Péray, Hermitage et Crozes-Hermitage.

Les Crus du Rhône Méridional

Situés au sud, ces vignobles de plaines et de collines célèbrent le Grenache et l'assemblage méditerranéen. Ce groupe comprend Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Tavel (exclusivement réservé aux vins rosés), Lirac, Rasteau, Cairanne, Beaumes-de-Venise et Vinsobres.

Les appellations des vins doux naturels

Ces appellations historiques concernent des vins mutés à l'alcool pour conserver les sucres naturels du raisin. La région en compte deux : le Muscat de Beaumes-de-Venise et le Rasteau Vin Doux Naturel.

Les appellations Périphériques (ou rattachées)

Ces vignobles entourent la vallée du Rhône et partagent les mêmes cépages et la même culture, bien qu'ils disposent de caractéristiques géographiques propres. Ils sont pleinement intégrés à la gestion de la filière rhénane. Ce grand ensemble regroupe les Costières de Nîmes, la Clairette de Die, le Crémant de Die, le Coteaux de Die, le Châtillon-en-Diois, le Grignan-les-Adhémar, le Ventoux, le Luberon, le Duché d'Uzès et les Vivarais.