samedi 25 février 2017

Dégustations - 2/4 : lancez-vous ! Comment choisir un thème ?

Choisir le thème de sa première dégustation privée (©DR).


Pour une première dégustation réussie, il est préférable de choisir un thème qui souligne les contrastes. L'objectif n'est pas de chercher la complexité, mais de permettre à vos invités de "sentir" immédiatement la différence entre deux styles. Voici trois propositions de thématiques, classées par approche pédagogique, pour structurer votre soirée.


L'opposition de styles : le duel des terroirs


Cette approche est la plus efficace pour débuter, car elle met en évidence l'influence du climat et du sol sur un même cépage. Vous pouvez choisir le Chardonnay, qui est très expressif et cultivé partout. Achetez une bouteille de Chardonnay provenant d'une région fraîche comme Chablis ou la Bourgogne, et une seconde provenant d'une région chaude comme le Languedoc ou le Nouveau Monde (Chili ou Californie). La différence de rondeur, d'acidité et de notes aromatiques sera flagrante, même pour un débutant. C’est une leçon magistrale sur l'impact de l'environnement sur la vigne.


La découverte des couleurs : le voyage sensoriel


Si vous préférez une approche plus visuelle et variée, choisissez un thème axé sur les couleurs. Vous pourriez par exemple organiser une dégustation sur le thème des vins d'été. Servez un Crémant ou un Champagne pour débuter, suivi d'un vin blanc sec et vif comme un Muscadet ou un Sauvignon Blanc, puis un rosé de Provence, pour finir sur un vin rouge léger et fruité comme un Beaujolais ou un cépage Gamay. Cette structure permet de découvrir une gamme complète sans fatiguer le palais avec des vins trop puissants. C'est une méthode idéale pour comprendre comment le vin accompagne différentes phases d'un repas.


L'exploration régionale : l'immersion corse


Prenons un exemple, la Corse ! Pourquoi ne pas consacrer lui une soirée thématique ? C'est une région qui possède une identité forte et reconnaissable. Vous pourriez proposer une dégustation verticale ou horizontale composée d'un Vermentinu pour la fraîcheur saline, suivie d'un rosé de Sciaccarellu pour sa finesse épicée, et enfin d'un Niellucciu de Patrimonio pour sa structure et son caractère sauvage. Cette dégustation est passionnante car elle offre un voyage géographique complet en trois verres. Elle permet d'expliquer comment, sur une même île, des cépages différents créent une palette aromatique complémentaire.

lundi 20 février 2017

Quel plat avec quel vin ? Argentine

Le vignoble le plus haut du monde est argentin.


L’Argentine, véritable géant viticole adossé à la cordillère des Andes, possède le vignoble le plus haut du monde. Ce climat d'altitude, marqué par une exposition solaire exceptionnelle et des nuits très fraîches, donne naissance à des vins d'une intensité chromatique et aromatique hors du commun. Indissociable de sa culture pastorale et de ses grandes plaines, la table argentine offre des accords d'une générosité évidente, où la puissance du vin répond au caractère des plats.


Le Malbec de Mendoza face à l'Asado traditionnel


Le Malbec est l'emblème absolu de l'Argentine, ayant trouvé son paradis terrestre dans la région de Mendoza. Cultivé en altitude, il offre une robe d'un violet profond, des tanins veloutés et des notes explosives de mûre, de prune et de violette, souvent complexées par un élevage sous bois. C'est le partenaire fusionnel de l'Asado, le célèbre barbecue argentin, et plus particulièrement d'une épaisse pièce de bœuf comme le bife de chorizo. Les tanins denses mais soyeux du Malbec viennent s'enrouler autour des fibres de la viande saisie au feu de bois, tandis que son opulence fruitée compense le caractère fumé et savoureux de la grillade.


Le Torrontés de Salta sur les empanadas et les plats épicés


Unique au monde, le Torrontés est le grand cépage blanc autochtone de l'Argentine, qui s'épanouit de manière spectaculaire dans la province septentrionale de Salta, à plus de 2000 mètres d'altitude. Ce vin blanc sec surprend par son nez extrêmement exubérant, évoquant le muscat, la rose, le litchi et le jasmin, tout en conservant une bouche vive et désaltérante. Il forme un mariage parfait avec les authentiques empanadas à la viande ou au fromage, relevées d'épices et d'oignons. Le contraste entre le profil floral du vin et le côté salé et piquant du chausson crée une harmonie apéritive d'une grande fraîcheur.


Le Cabernet Sauvignon andin pour escorter les ragoûts d'hiver


Si le Malbec capte la lumière, le Cabernet Sauvignon argentin, notamment celui produit dans la vallée de Uco, offre des résultats d'une structure impressionnante. Marqué par des arômes de poivron rouge grillé, de cassis et d'épices noires, il présente une charpente tannique plus ferme et une acidité rafraîchissante. Ce vin de caractère réclame des plats d'hiver mijotés et consistants, comme le locro, un ragoût traditionnel argentin à base de maïs, de haricots blancs, de courge et de différentes pièces de porc et de bœuf. La puissance du Cabernet Sauvignon soutient la texture dense du plat sans jamais s'effacer.


Le Pinot Noir de Patagonie face aux viandes délicates et au canard


En descendant vers le sud, la Patagonie offre un climat beaucoup plus frais et venté, idéal pour les cépages délicats. Le Pinot Noir s'y déploie avec une élégance rare, révélant des notes de framboise sauvage, de cerise acide et une touche terreuse très fine. Ce vin rouge fluide et subtil délaisse la puissance brute des vins du nord pour privilégier la fraîcheur. À table, il escorte à merveille un magret de canard aux cerises, une épaule d'agneau de Patagonie simplement rôtie aux herbes ou même un risotto aux champignons des bois, respectant la finesse de ces mets sans les saturer.

mardi 14 février 2017

Concours et médailles - 1/2 : que valent les concours viticoles ?

Le Concours général agricole, le must des concours (©DR).


Les concours viticoles occupent une place centrale dans le paysage œnologique français. Véritables institutions pour les professionnels et repères de confiance pour les consommateurs, ces événements se sont structurés au fil des décennies pour garantir l'impartialité et l'excellence. Comprendre leur genèse, leur fonctionnement et l'intérêt qu'ils représentent permet de mieux appréhender la valeur d'une médaille apposée sur le col d'une bouteille.


Aux origines des compétitions de terroirs


L'histoire des concours de vin en France s'inscrit dans une volonté de structurer les filières agricoles et de valoriser les savoir-faire régionaux et nationaux. Le plus ancien et le plus emblématique d'entre eux reste le Concours Général Agricole (CGA), créé officiellement en 1870 sous l'égide du ministère de l'Agriculture, même si ses prémices remontent aux foires d'animaux de boucherie des années 1840. La section dédiée aux vins s'est développée à la fin du XIXe siècle, avant de prendre ses quartiers définitifs au Salon International de l'Agriculture de Paris à partir de 1964.

Au XXe siècle, face à la montée en puissance des appellations d'origine, des initiatives régionales d'envergure nationale ont vu le jour. C'est le cas du Concours des Vins d'Orange, fondé en 1952 par des courtiers locaux sous la forme d'une foire, devenu aujourd'hui la compétition de référence pour la Vallée du Rhône. Deux ans plus tard, en 1954, le Concours des Grands Vins de France à Mâcon voyait le jour en Bourgogne, s'affirmant rapidement comme un pilier pour l'évaluation des cuvées de l'ensemble du vignoble français. Ces événements se tiennent traditionnellement chaque année à la fin de l'hiver ou au début du printemps, des périodes stratégiques où les derniers millésimes sont prêts à être évalués.


Un intérêt double entre commerce et rigueur technique


Pour le vigneron, participer à ces compétitions représente un enjeu commercial et technique majeur. L'obtention d'une médaille offre une visibilité immédiate sur les étals des cavistes et de la grande distribution, agissant comme un déclencheur d'achat pour le consommateur indécis. C'est également un outil de validation interne qui permet aux producteurs de situer la qualité de leur travail par rapport à leurs pairs.

Du côté des acheteurs, la médaille joue le rôle d'un repère rassurant dans un univers viticole souvent jugé complexe. Elle garantit que le vin a été dégusté à l'aveugle par un jury indépendant, composé de professionnels de la filière comme des œnologues, des sommeliers ou des courtiers, mais aussi de consommateurs avertis. Le strict respect des règles imposées par l'État, notamment la limitation du volume de vin médaillé à un tiers maximum des échantillons présentés, préserve la valeur de ces distinctions.


Les concours les plus sérieux et reconnus de l'Hexagone


Parmi la multitude de compétitions existantes, trois grands rendez-vous se distinguent par leur sérieux historique et la rigueur de leur organisation. Le Concours Général Agricole de Paris demeure le Graal absolu en raison de son lien direct avec le ministère de l'Agriculture et de son processus de présélection drastique en région. Sa feuille de chêne est sans doute le macaron le plus identifié et le plus respecté par le grand public français.

Le Concours des Grands Vins de France à Mâcon jouit d'une réputation tout aussi prestigieuse au sein de la profession. Réunissant chaque année des milliers d'échantillons venus de toutes les régions de France, il se distingue par une logistique irréprochable et des jurys particulièrement exigeants. Enfin, pour les amateurs de crus méridionaux, le Concours des Vins d'Orange s'impose comme la référence incontournable. Sa spécialisation historique sur la Vallée du Rhône et ses critères de sélection stricts en font un label de confiance absolu pour juger de la typicité et de la qualité des vins du Sud.