mercredi 28 septembre 2016

Histoire : 1395 : le cépage gamay est interdit en terres bourguignonnes !

L'ordonnance de 1395, prise par le duc de Bourgogne (© Archives Nationales).


L'histoire du vignoble bourguignon est indissociable d'un décret royal qui, à la fin du XIVe siècle, a radicalement orienté la destinée aromatique de la région. En 1395, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, promulguait une ordonnance condamnant le cépage Gamay, alors qualifié de « très mauvais et déloyal plant ». Cette décision autoritaire, qui peut sembler arbitraire au regard de la popularité actuelle de ce cépage dans le Beaujolais voisin, répondait en réalité à des impératifs économiques, politiques et qualitatifs très précis dans le contexte de la construction de la puissance bourguignonne.


Une menace pour l'excellence bourguignonne


À la fin du Moyen Âge, la Bourgogne cherche à affirmer son prestige à travers l'Europe. Le vin est alors l'un des principaux vecteurs de son rayonnement diplomatique et commercial. Le Gamay, importé de la région de Mâcon, présentait aux yeux des viticulteurs et des élites de l'époque deux défauts majeurs. D'une part, il s'agissait d'un cépage extrêmement productif, capable de fournir des rendements élevés, ce qui favorisait une production de vins dilués et sans structure, bien loin des standards qualitatifs visés par le duché. D'autre part, sa précocité le rendait moins exigeant à cultiver, mais aussi moins apte à produire des nectars de longue garde, essentiels pour le commerce international.


La défense du Pinot Noir comme enjeu de puissance


En bannissant le Gamay, Philippe le Hardi souhaitait favoriser exclusivement le Pinot Noir, un cépage plus difficile à cultiver, aux rendements plus faibles, mais capable d'atteindre une finesse et une complexité aromatique exceptionnelles. Le duc percevait le vin non seulement comme une ressource financière, mais comme un emblème de sa souveraineté. Pour maintenir des prix élevés et assurer la réputation des vins de ses terres — notamment autour de Beaune et de Dijon — il était impératif d'écarter toute variété jugée « vulgaire ». L'ordonnance de 1395 marque ainsi la naissance de la notion de hiérarchie qualitative au sein des vignobles, où la supériorité du Pinot Noir est institutionnalisée par le pouvoir ducal.


Un contexte économique et social en tension


La décision ducale s'inscrit également dans une volonté de contrôle social. La culture du Gamay permettait aux vignerons de travailler moins dur pour obtenir des volumes importants, ce qui était perçu par les autorités comme une forme de paresse dommageable à la qualité globale de l'agriculture bourguignonne. En contraignant les producteurs à se tourner vers le Pinot Noir, Philippe le Hardi imposait une discipline de travail exigeante, adaptée aux sols calcaires de la Côte d'Or. Cette injonction, bien que très mal vécue par les paysans de l'époque qui y voyaient une atteinte à leur liberté de culture, a permis de protéger l'identité du vin de Bourgogne, en l'ancrant durablement dans une approche de rareté et d'exigence que nous retrouvons encore aujourd'hui dans la classification des Climats.


L'héritage d'une ségrégation variétale


Le bannissement du Gamay a eu pour conséquence directe de repousser ce cépage vers le sud, au-delà de la limite administrative de l'époque, dans les terres du Beaujolais où les sols granitiques lui permettaient, paradoxalement, de s'exprimer avec beaucoup plus de succès. L'ordonnance de 1395 ne fut jamais réellement abrogée, mais elle tomba dans un oubli relatif au fil des siècles, tout en ayant fixé pour l'éternité la frontière entre la Bourgogne "noble" et le Beaujolais "populaire". Cette rupture historique illustre la capacité d'une décision politique, prise en un temps précis, à figer durablement le paysage viticole d'une région, faisant du Pinot Noir le roi incontesté de la Bourgogne tout en reléguant le Gamay à une identité régionale distincte et complémentaire.


A lire également, notre article : "Cépage : le gamay"

samedi 24 septembre 2016

Dégustations - 1/4 : comment en organiser chez soi ?

Le plaisir de partager votre passion, vos connaissances (©DR).


Organiser une dégustation à domicile est une manière ludique et gratifiante de mettre en pratique vos connaissances. Pour que l'exercice reste pédagogique tout en étant convivial, il est essentiel de préparer votre environnement et de suivre une méthodologie structurée.


La préparation de l'environnement et du matériel


La réussite d'une dégustation commence par la neutralité de l'espace. Choisissez une pièce bien éclairée, sans odeurs parasites comme le tabac ou des parfums trop forts. Prévoyez des verres de qualité, idéalement de type INAO, qui permettent une bonne oxygénation tout en concentrant les arômes. Disposez une nappe blanche ou une feuille de papier blanc devant chaque invité pour bien évaluer la robe des vins. N'oubliez pas l'eau minérale pour se rincer le palais entre deux verres, ainsi qu'un seau à crachat, outil indispensable pour rester lucide tout au long de la séance. Enfin, préparez quelques biscuits secs ou du pain neutre pour éponger les papilles sans saturer les saveurs.


La méthodologie de service et le choix des thèmes


La clé d'une dégustation mémorable réside dans la cohérence du thème choisi. Vous pouvez comparer des vins par cépage, par région, par millésime ou même par gamme de prix. Pour une progression logique, servez les vins du plus léger au plus corsé, et du plus sec au plus sucré. Si vous dégustez des blancs et des rouges, commencez toujours par les blancs. Pour chaque bouteille, veillez à la température de service, souvent négligée : les rouges ne doivent pas être servis à température ambiante, mais plutôt autour de 16 ou 17 degrés, tandis que les blancs demandent à être rafraîchis. Prenez le temps de laisser les vins respirer dans le verre et encouragez chaque participant à noter ses impressions sur une feuille dédiée avant de partager les avis, afin de ne pas influencer le jugement des autres.

Une fois ces bases établies, la dégustation devient un véritable laboratoire sensoriel où chacun affine son palais et son vocabulaire.


L'analyse sensorielle pas à pas


La dégustation se déroule en trois étapes immuables qui permettent de décortiquer le vin avec précision. Commencez par l'examen visuel, en observant l'intensité, la couleur et la limpidité du vin, ce qui donne des indices sur son âge et sa concentration. Passez ensuite au premier nez, sans agiter le vin, pour percevoir les arômes primaires, puis agitez doucement le verre pour libérer le second nez, plus complexe. Enfin, la phase gustative consiste à porter une petite gorgée en bouche en y faisant circuler un peu d'air pour exalter les arômes. Concentrez-vous sur l'attaque, l'évolution en milieu de bouche et la persistance aromatique en finale.


La gestion de la convivialité et des attentes


Le rôle de l'animateur est de créer une atmosphère détendue où chacun se sent libre d'exprimer ses ressentis, même les plus simples. Évitez le jargon technique trop complexe qui pourrait intimider les néophytes ; privilégiez des termes imagés et émotionnels. L'objectif n'est pas de deviner le cru ou le domaine avec précision, mais d'apprendre à formuler ce que l'on aime et pourquoi. Prévoyez une petite planche de fromages ou de charcuteries pour conclure la dégustation sur une note gourmande, mais servez ces mets après avoir goûté les vins "nus", car la nourriture modifie radicalement la perception des tanins et de l'acidité. En restant sur cette approche simple et structurée, vous transformerez vos soirées entre amis en véritables moments d'apprentissage collectif.