dimanche 29 septembre 2019

Idée reçue : les blancs doux sont parfaits à l'apéritif !

Attention à ne pas trop saturé les papilles à votre apéritif (©DR).


L'habitude de servir des vins blancs doux ou liquoreux — comme un Sauternes, un Monbazillac ou un Gewurztraminer Vendanges Tardives — dès l'apéritif est une fausse bonne idée qui relève de l'hérésie pour les papilles. Vous avez parfaitement raison : le sucre et la richesse de ces vins saturent le palais et gâchent la suite du repas, un avis partagé par la quasi-totalité des sommeliers et des professionnels du goût aujourd'hui.


La saturation des papilles dès l'entame du repas


L'apéritif a pour fonction première, comme son étymologie latine aperire l'indique, d'ouvrir l'appétit et de stimuler les glandes salivaires. Pour cela, les papilles ont besoin de fraîcheur, de vivacité, d'acidité ou d'une légère amertume. Or, l'introduction d'un vin riche en sucres résiduels et fort en alcool dès le début de la soirée produit l'effet inverse. Le sucre tapisse la bouche d'un film lourd qui anesthésie les récepteurs sensoriels. Après un verre de vin liquoreux, le palais est fatigué et incapable de percevoir la subtilité et la fraîcheur d'un vin blanc sec servi sur l'entrée, ou la finesse d'un vin rouge léger accompagnant le plat principal.


Le choc gastronomique de l'entrée classique au foie gras


Cette mauvaise habitude de l'apéritif est souvent le prolongement d'un autre grand classique des repas de fête : l'accord entre le foie gras en entrée et le vin moelleux. Si ce mariage est ancré dans les mœurs, il s'avère être un désastre pour la digestion et la suite de la dégustation. Associer le gras texturé du foie gras au sucre lourd du vin liquoreux sature l'estomac avant même que le repas n'ait véritablement commencé. C'est l'exemple parfait du contresens où le vin casse les arômes des plats qui lui succèdent, transformant le reste du menu en un parcours gustatif laborieux.


Replacer les vins doux à la fin du voyage culinaire


La nuance indispensable consiste à redonner aux vins blancs doux leur véritable place, qui se situe naturellement en fin de repas. C'est à ce moment, lorsque le palais a déjà exploré les saveurs salées, que la sucrosité du vin est accueillie comme une gourmandise et non comme une agression. Un grand Sauternes ou un Jurançon moelleux trouve son apogée sur le plateau de fromages, notamment face aux pâtes persillées comme le Roquefort, où le sel du fromage et le sucre du vin s'équilibrent de façon magique. Ils excellent évidemment au dessert, sur des tartes aux fruits blancs, des desserts à base d'abricots ou des douceurs légèrement acidulées qui répondent à la fraîcheur du vin.


Les alternatives pour un apéritif réussi


Pour remplacer le vin doux à l'apéritif sans perdre le côté festif, il faut privilégier des boissons qui éveillent les sens sans alourdir la bouche. Un vin blanc sec et vif, doté d'une belle minéralité comme un Sancerre, un Chablis ou un Riesling, prépare idéalement le palais aux saveurs à venir. Les vins effervescents, à condition d'être choisis en version "Brut" ou "Extra-Brut" comme un Champagne ou un Crémant, sont également parfaits, car le gaz carbonique et l'acidité nettoient la bouche et ouvrent grand les portes de l'appétit. Si l'on tient absolument à une note fruitée, un vin rosé sec ou un vin blanc de Loire tendre mais tendu par une belle acidité fera des merveilles sans jamais compromettre la suite du festin.

samedi 14 septembre 2019

Cépage : le riesling

Le riesling, cépage alsacien où il s'épanouie pleinement (©DR).




Le Riesling est souvent considéré, à juste titre, comme le roi des cépages blancs en Alsace. Là où d'autres variétés misent sur le gras ou l'exubérance aromatique, le Riesling alsacien impose sa supériorité par sa droiture, sa précision et une capacité unique à retranscrire la minéralité de son terroir. Pour le néophyte, c’est le vin de la pureté, capable d'allier une tension acide vibrante à une profondeur aromatique qui se complexifie admirablement avec le temps.


Une implantation historique sur les terres alsaciennes


L’histoire du Riesling en Alsace remonte au XVe siècle, bien que son véritable essor ne se soit produit qu'à partir du XVIIIe siècle. Contrairement au Riesling allemand, souvent vinifié avec une part de sucre résiduel, la tradition alsacienne privilégie majoritairement le sec. Ce cépage exigeant, qui débourre tôt mais mûrit lentement, trouve dans le climat semi-continental de l'Alsace, protégé par le massif des Vosges, les conditions idéales pour atteindre une maturité lente et régulière. Cette maturation prolongée est le secret de sa richesse aromatique : elle permet au raisin de développer toute sa complexité sans jamais perdre cette fraîcheur acide qui est sa signature.


La mosaïque des terroirs alsaciens


La force du Riesling alsacien réside dans sa relation intime avec les sols. L'Alsace possède une géologie d'une diversité rare, et le Riesling est le traducteur le plus fidèle de cette mosaïque. Sur les sols granitiques, il révèle une élégance racée et une grande finesse ; sur les sols calcaires, il gagne en puissance, en ampleur et en longévité ; sur les terroirs de grès, il exprime des notes plus aériennes et délicates. C'est précisément cette faculté à varier son discours selon la roche-mère qui explique pourquoi il est le seul cépage autorisé dans la quasi-totalité des Grands Crus alsaciens. Chaque parcelle produit ainsi une lecture différente du même cépage.


Un profil aromatique d'une grande distinction


Au nez, le Riesling alsacien est inimitable. Dans sa jeunesse, il dévoile des arômes de fleurs blanches, de citron, de pomme verte et parfois une pointe de pêche blanche. Avec le temps, il développe cette signature caractéristique que les connaisseurs appellent la note "hydrocarbure" ou "pétrolée", qui n'est en aucun cas un défaut, mais au contraire un gage de maturité et de noblesse. En bouche, c'est l'équilibre qui prédomine. L'attaque est souvent vive et tranchante, portée par une acidité mûre, suivie d'un milieu de bouche qui gagne en volume et en profondeur, pour finir sur une persistance minérale, presque saline, qui nettoie le palais et appelle la gorgée suivante.


Un compagnon gastronomique d'exception


En matière d'accords mets et vins, le Riesling alsacien est un allié redoutable. Sa droiture et sa structure en font le partenaire naturel de la cuisine marine : un poisson grillé, une sole meunière ou des coquilles Saint-Jacques trouvent en lui un équilibre parfait. Il est également souverain sur les spécialités alsaciennes, comme la choucroute, car son acidité naturelle vient équilibrer le gras du plat. Plus largement, il s'accorde merveilleusement avec les viandes blanches, les plats de la cuisine japonaise comme les sushis ou les sashimis, et les fromages de chèvre affinés. Pour le néophyte, déguster un Riesling, c'est apprendre à apprécier l'acidité comme une composante noble et indispensable à l'harmonie d'un vin, et non comme une agressivité. C'est, en somme, une initiation à la haute précision viticole.