mardi 14 décembre 2021

L'essor des vins "No/low", peu ou pas alcoolisés

Plus qu'une tendance, une nouvelle façon de voir la vie ? (©DR).

Une nouvelle tendance de consommation de vin fait son apparition depuis peu, celle des vins contenant peu ou pas d'alcool. Cette mode - qui fait suite à la création de bière pas ou peu alcoolisées - tend petit à petit à se professionnaliser pour convaincre un public de plus en plus prudent avec sa santé. On explique et on décrypte cette tendance pour vous…


L'émergence et la chronologie du phénomène


Le marché du vin sans ou à faible teneur en alcool a connu une trajectoire marquée par trois grandes périodes. Entre 2010 et 2015, le concept était encore balbutiant et les résultats gustatifs manquaient cruellement de finesse, se rapprochant davantage du jus de fruit que du vin. La véritable bascule s'est opérée entre 2018 et 2020, portée par une conscience accrue en matière de santé et par des progrès techniques significatifs dans les procédés de désalcoolisation. Depuis ce début d'année 2021, nous assistons à une phase de professionnalisation et d'institutionnalisation, où ces vins deviennent des produits de consommation courante, soutenus par des investissements massifs des grandes maisons viticoles.


Les innovations technologiques au cœur de la production


Le défi technique majeur consiste à éliminer l'éthanol, qui structure le vin et transporte ses arômes, tout en conservant la complexité organoleptique de la boisson. Pour relever ce défi, les producteurs utilisent des méthodes de pointe comme l'osmose inverse, qui sépare les composants du vin par filtration, ou la colonne à cône tournant, qui extrait l'alcool sous vide à basse température pour respecter la fragilité des arômes. Parallèlement, une nouvelle approche de la viticulture voit le jour : les vignerons adaptent leurs pratiques au champ, notamment en procédant à des vendanges précoces pour obtenir un raisin moins riche en sucre, ce qui permet de produire des vins de base naturellement moins alcoolisés et de limiter le recours aux traitements technologiques intensifs.


Une cible de consommateurs diversifiée et consciente


Contrairement aux idées reçues, ce marché ne s'adresse pas exclusivement aux abstinents. La cible principale est constituée par les consommateurs dits modérateurs, qui apprécient le vin mais cherchent à réduire leur consommation d'alcool pour des raisons de santé, de gestion calorique ou de vigilance au quotidien. Ce segment attire également une part croissante de la génération Z et des Millennials, dont les habitudes de consommation privilégient le bien-être et une approche plus réfléchie. Enfin, ces produits répondent parfaitement aux besoins de situations sociales spécifiques, comme les déjeuners professionnels, la conduite, ou toute circonstance imposant une sobriété totale sans pour autant devoir renoncer au plaisir du rituel lié au vin.


Perspectives d'avenir et intégration sociale


L'avenir de ce segment se dessine autour d'une montée en gamme qualitative, délaissant les produits industriels pour des vins de terroir capables de revendiquer une identité propre. Nous observons une normalisation sociale frappante : il devient de plus en plus commun de trouver ces alternatives à la table des grands restaurants, où elles sont traitées avec le même sérieux que les crus traditionnels. Cette évolution montre que le "No/Low" ne cherche pas à supplanter le vin classique, mais bien à offrir une alternative cohérente pour fidéliser une clientèle désireuse de varier ses modes de consommation. C'est, pour la filière viticole, une manière stratégique et inclusive d'assurer la pérennité du plaisir du vin dans un monde où les habitudes évoluent.