jeudi 20 novembre 2025

Vin chrétien en … Jordanie !

Vignes du domaine Jordan River Wines en Jordanie (©DR).


La Jordanie, pays aux paysages bibliques et désertiques, abrite une réalité viticole méconnue et fascinante. Bien que la consommation d'alcool soit marginalisée dans une société à prédominance musulmane, la production de vin y connaît une renaissance remarquable, portée par des acteurs déterminés à faire redécouvrir un héritage millénaire.


Un héritage ancré dans l'Antiquité


La tradition viticole en Jordanie ne date pas d'hier, mais puise ses racines dans l'Antiquité profonde. Cette région, située au cœur du berceau de la civilisation, a vu les Nabatéens cultiver la vigne autour de Pétra il y a plusieurs millénaires. À l'époque byzantine, le vin occupait une place centrale dans la vie agricole et religieuse du territoire. Cependant, après des siècles de déclin suivant l'expansion de l'Islam, cette activité a été reléguée au second plan, devenant une pratique confidentielle maintenue principalement par les communautés chrétiennes locales pour leurs besoins liturgiques et privés.


Le renouveau par les familles chrétiennes


L'industrie vinicole moderne en Jordanie est quasi exclusivement l'œuvre de deux familles chrétiennes : les Haddad et les Zumot. Ces pionniers ont entrepris, il y a quelques décennies, de relancer une culture qui avait disparu depuis près de quinze siècles. En investissant dans des techniques œnologiques contemporaines et en important des cépages prestigieux venus de France, d'Italie et d'Espagne, ces familles ont réussi à implanter des vignobles prospères. Ces domaines, principalement situés dans le nord du pays, près de Mafraq, bénéficient d'un climat idéal, avec des sols volcaniques riches et des variations de température nocturnes qui permettent au raisin de se développer dans des conditions optimales.


Un défi sociétal et économique


Produire du vin en Jordanie est un défi audacieux. Bien que la législation jordanienne permette la production et la vente d'alcool, le produit reste coûteux et socialement restreint à certains hôtels, restaurants ou foyers. Les viticulteurs doivent faire face à des taxes très élevées sur les boissons alcoolisées et à un marché local dont les habitudes de consommation sont dominées par le thé et le café. Malgré ces obstacles, ces vignerons jordaniens voient grand et ambitionnent de placer leurs crus sur la carte mondiale. Grâce à une production annuelle de près d'un million de bouteilles, ils transforment peu à peu ce qui était une curiosité locale en une fierté nationale, offrant aux curieux une dégustation unique au pied des montagnes.