mardi 15 mars 2016

Idée reçue : le vin blanc donne mal au crâne à cause des sulfites

On vous dit tout sur les sulfites (©DR).


En préparant ce sujet, nous lisions que les sulfites sont autant présents dans un sachet d'abricots secs que dans une bouteille de vin blanc. L'affirmation selon laquelle les sulfites sont les seuls et uniques responsables des maux de tête du lendemain est une croyance populaire extrêmement ancrée. Vous avez doublement raison dans vos intuitions : la comparaison avec les abricots secs est rigoureusement exacte sur le plan quantitatif, et le phénomène de déshydratation causé par l'alcool est effectivement le premier coupable du fameux « mal de crâne ».


Le paradoxe des abricots secs et des sulfites


La comparaison que vous mentionnez est tout à fait véridique et permet de remettre immédiatement les choses en perspective. Les sulfites, ou dioxyde de soufre ($SO_2$), sont des conservateurs et antioxydants utilisés massivement dans l'industrie agroalimentaire. Une simple poignée d'abricots secs, de fruits déshydratés ou de fruits à coque contient souvent dix à vingt fois plus de sulfites qu'une bouteille de vin blanc, et près de cinquante fois plus qu'une bouteille de vin rouge. Les normes européennes autorisent par exemple jusqu'à 2 000 milligrammes par kilogramme pour les fruits secs, contre une limite maximale de 150 milligrammes par litre pour un vin rouge sec. Pourtant, personne ne se plaint de migraine après avoir mangé un sachet de fruits secs au goûter, ce qui prouve que le soufre n'est pas le coupable universel.


L'alcool et la déshydratation, premiers responsables


Comme vous le soulignez très justement, le premier facteur déclencheur du mal de tête est l'éthanol lui-même et ses effets sur le corps humain. L'alcool est une molécule hautement diurétique qui inhibe une hormone cérébrale chargée de réguler l'eau dans l'organisme. En consommant du vin, le corps élimine beaucoup plus d'eau qu'il n'en absorbe, entraînant une déshydratation rapide. Pour compenser ce manque d'eau, l'organisme puise dans ses réserves, notamment dans les tissus cérébraux, ce qui provoque une baisse de pression dans les méninges et déclenche la migraine. De plus, la dégradation de l'alcool par le foie produit de l'acétaldéhyde, une molécule hautement toxique qui dilate les vaisseaux sanguins cérébraux et accentue la sensation de douleur.


Les autres molécules suspectes du vin


Si les sulfites ne sont pas la cause principale du mal de tête généralisé, le vin contient d'autres composants organiques qui peuvent agresser les organismes sensibles. Les principaux suspects sont les amines biogènes, comme l'histamine, la tyramine ou la cadavérine, qui se développent naturellement lors de la fermentation du vin, en particulier chez les vins rouges qui effectuent une fermentation malolactique. L'histamine, bien connue des personnes allergiques, provoque une vasodilatation immédiate chez les individus qui manquent d'une enzyme spécifique pour la dégrader. C'est ce qui explique pourquoi certaines personnes ressentent une barre au front après seulement un demi-verre de vin rouge, indépendamment de toute ivresse ou déshydratation.


La juste part de responsabilité des sulfites


Il ne faut pas pour autant totalement innocenter les sulfites, mais il convient de distinguer le mal de tête de la véritable intolérance. Environ 1% de la population souffre d'une sensibilité exacerbée aux sulfites, un phénomène particulièrement fréquent chez les personnes asthmatiques. Pour ces personnes, l'ingestion de soufre ne provoque pas un simple mal de tête lié à la déshydratation, mais une véritable réaction inflammatoire ou allergique se traduisant par des éternuements, des rougeurs cutanées, des difficultés respiratoires ou des maux d'estomac. Pour le reste des consommateurs, le meilleur moyen d'éviter le mal de tête reste universel : consommer le vin avec modération et appliquer la règle d'or qui consiste à boire un grand verre d'eau pour chaque verre de vin dégusté.

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