jeudi 12 mars 2020

Idée reçue : le vin rosé, c'est un vin d'été !

Les vins rosés, c'est toute l'année ! (©DR).


Le cliché du vin rosé indissociable de la plage, des glaçons et des barbecues estivaux est probablement l’habitude de consommation la plus difficile à bousculer. Pour la majorité des consommateurs, le rosé est un produit saisonnier, dont la bouteille se range définitivement au fond de la cave dès que les premières feuilles d’automne commencent à tomber. Pourtant, cette vision festive et décontractée occulte une réalité beaucoup plus riche. Le monde du rosé s'est considérablement diversifié et complexifié, donnant naissance à des vins de gastronomie capables de rivaliser avec les plus grands blancs ou rouges et de sublimer les tables hivernales les plus exigeantes.


La révolution des rosés de garde et de gastronomie


L'argument principal qui condamne le rosé à l'été repose sur sa prétendue légèreté et sa fraîcheur technologique, souvent obtenue par des vinifications à basse température qui privilégient les arômes immédiats d'agrumes ou de petits fruits rouges. Si ce style de vin de soif s'accorde effectivement à la chaleur estivale, il existe une toute autre catégorie de rosés : les rosés de structure, parfois élevés en fûts de chêne et taillés pour vieillir plusieurs années.

L'exemple de l'appellation Bandol, en Provence, est à ce titre emblématique. Principalement issus du cépage Mourvèdre, les rosés de Bandol possèdent une puissance, une structure tannique subtile et une complexité aromatique (notes d'épices, de sous-bois et de fruits secs) qui s'épanouissent pleinement après un ou deux ans de bouteille. Servir un tel vin en plein mois de janvier n'a rien d'une hérésie, c'est au contraire le moment idéal pour apprécier sa plénitude, bien loin de la simple fonction de désaltérant estival.


Des accords parfaits avec la cuisine d'automne et d'hiver


Limiter le rosé à l'été, c'est aussi se priver d'accords gastronomiques mémorables avec les cuisines plus riches des saisons froides. Les rosés de caractère possèdent la vivacité d'un vin blanc combinée à la matière texturale d'un vin rouge léger, ce qui en fait des caméléons de la table capables de débloquer des situations complexes face à des plats épicés, crémés ou iodés.

À titre d'exemple, un Tavel, ce fameux rosé de la vallée du Rhône à la robe d'un rubis profond, est un compagnon magistral pour les plats d'automne. Sa rondeur et sa puissance aromatique en font l'allié idéal d'une volaille rôtie aux morilles, d'un tajine aux pruneaux ou même d'un plateau de fromages à croûte lavée comme le Reblochon. De la même façon, les rosés de la région de la Rioja en Espagne ou les Cerasuolo d'Abruzzo en Italie, par leur élevage rigoureux, s'invitent sans complexe autour d'un grand gibier à plume ou d'un risotto aux truffes au cœur de l'hiver.


Le cas des fêtes de fin d'année et de la cuisine du monde


La saisonnalité du rosé s'efface également lorsqu'on aborde les repas de fête ou la cuisine contemporaine, qui ne connaissent pas de calendrier. Le réveillon de Noël est un terrain d'expression magnifique pour les grands rosés, notamment les Champagnes rosés de saignée ou de prestige. Leur vinosité et leur fraîcheur font merveille sur un saumon fumé sauvage, un canard aux cerises ou des desserts pointus à base de fruits rouges et de chocolat.

Par ailleurs, la consommation de cuisines exotiques (asiatique, indienne ou marocaine) ne s'arrête pas au mois d'août. Les plats riches en épices douces, en piment ou en saveurs sucrées-salées, comme un curry de crevettes au lait de coco, trouvent rarement un écho favorable chez les vins rouges tanniques ou les blancs trop secs. Un rosé de gastronomie bien structuré apporte le fruit et la fraîcheur nécessaires pour apaiser le feu des épices tout en enveloppant le gras du plat, et ce, tout au long de l'année.


Un vin pour toutes les saisons


Le rosé ne doit plus être considéré comme le thermomètre de nos vacances, mais comme une couleur du vin à part entière. Si les versions légères et acidulées conservent leur place légitime sous le soleil de juillet, les rosés profonds, vineux et complexes méritent de passer l'hiver à table. En s'affranchissant du dictat des saisons, l'amateur découvre que le rosé est un fantastique vin de terroir, capable d'apporter de la lumière, du relief et de la gourmandise aux journées les plus fraîches de l'année.

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