| Face aux défis, de nouveaux cépages à l'essai en Bordelais (© Mythja / Getty Images) |
Cette démarche d'introduction de nouveaux cépages, fruit d'une décennie de recherches et de tests menés notamment par l'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin, vise à préserver la pérennité du vignoble tout en s'adaptant à l'évolution des conditions météorologiques, telles que les étés plus chauds et les gelées printanières de plus en plus fréquentes.
Les variétés rouges à l'épreuve du climat
Quatre cépages rouges ont été sélectionnés pour leur résilience et leur capacité à maintenir l'équilibre qualitatif des vins face à la montée des températures. Le Castets, cépage oublié originaire du Sud-Ouest, a été retenu pour sa robustesse face aux maladies cryptogamiques, notamment le mildiou et l'oïdium, permettant ainsi de réduire les traitements phytosanitaires. Le Marselan, issu d’un croisement entre le Cabernet Sauvignon et le Grenache, apporte quant à lui une maturité tardive très recherchée, garantissant des vins colorés et structurés malgré les aléas climatiques. L'Arinarnoa, croisement entre le Tannat et le Cabernet Sauvignon, se distingue par sa capacité à produire des raisins riches en acidité, essentiels pour conserver de la fraîcheur dans des vins qui risqueraient autrement de devenir trop lourds en alcool. Enfin, le célèbre Touriga Nacional, pilier des vins portugais, a été introduit pour sa remarquable résistance à la sécheresse et sa grande palette aromatique, bien que son intégration dans le paysage bordelais fasse encore l'objet d'observations attentives.
Les nouveaux atouts pour les vins blancs
Côté blanc, ce sont deux cépages qui ont rejoint le cahier des charges pour enrichir l'assemblage traditionnel. L'Alvarinho, cépage emblématique des régions atlantiques espagnoles et portugaises, a été choisi pour sa puissance aromatique qui tend à s'effacer chez les variétés locales lors des épisodes de forte chaleur, tout en conservant une belle acidité. Le Liliorila, né d'un croisement entre le Baroque et le Chardonnay, complète ce duo expérimental. Il est apprécié pour sa résistance à la pourriture grise et son aptitude à produire des vins puissants et bouquetés. Ces deux variétés offrent aux viticulteurs de nouvelles options pour élaborer des vins blancs équilibrés, capables de répondre aux attentes changeantes des consommateurs tout en conservant l'identité sensorielle propre aux vins de Bordeaux.
Un cadre expérimental sous haute surveillance
L'introduction de ces variétés ne marque pas une révolution immédiate, mais une adaptation douce et encadrée. Pour garantir que le caractère et la typicité des Bordeaux ne soient pas dénaturés, des limites strictes ont été imposées : la proportion de ces nouveaux cépages ne peut excéder 5% de la surface plantée au sein d'une exploitation, et ils ne peuvent représenter plus de 10% de l'assemblage final d'un vin. Cette phase d'expérimentation, prévue pour une durée d'une dizaine d'années, permettra aux professionnels de valider la pertinence de ces choix avant une éventuelle intégration pérenne.
Par ailleurs, afin de préserver l'aspect expérimental de la démarche, il a été demandé aux vignerons de ne pas mentionner ces variétés sur les étiquettes, assurant ainsi une transition prudente et réfléchie vers le vignoble de demain.
Lesquels de ces six cépages seront pérenniser dans le vignoble bordelais ?
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