mardi 15 juin 2021

Régions viticoles françaises : la Provence

Les vignobles de Provence, côté "balcons sur la mer" (©DR).



La Provence, c'est le grand Sud, là où le chant des cigales accompagne le ressac de la Méditerranée. Le vignoble de Provence est souvent associé aux vacances et à l'art de vivre, mais c'est avant tout le berceau historique de la viticulture française et le leader mondial incontesté de l'univers des grands rosés secs.


Introduction au balcon méditerranéen des vins de Provence


Le vignoble de Provence s'étend sur une vaste bande côtière et intérieure qui va de la ville d'Aix-en-Provence jusqu'à Nice, couvrant principalement les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-Maritimes. Ce territoire de carte postale est soumis à un climat méditerranéen pur, caractérisé par un ensoleillement exceptionnel, des étés chauds et secs, et la présence salutaire du Mistral qui assainit naturellement les grappes après les rares pluies. Le relief provençal est tourmenté, alternant entre des barrières calcaires escarpées au nord et à l'ouest, comme le massif de la Sainte-Baume, et des massifs cristallins de schistes et de granites à l'est, face aux îles d'Hyères. Bien que la Provence produise des vins rouges d'une belle structure et des blancs d'une grande fraîcheur maritime, elle a fait du vin rosé sa spécialité absolue, élevant sa vinification technique au rang de référence internationale.


Une histoire : elle est millénaire née des comptoirs phocéens


L'histoire de la Provence se confond avec la naissance même du vin en France. Au VIe siècle avant notre ère, les marins grecs venus de Phocée fondent Massalia, la future ville de Marseille, et y plantent les premiers pieds de vigne de l'Hexagone. Ces premiers vins de l'Antiquité, peu macérés, étaient de couleur claire, faisant de la Provence le plus ancien producteur de rosé au monde. À l'époque romaine, la région, devenue la "Provincia Romana", structure ses voies commerciales et exporte ses amphores dans tout l'Empire. Au Moyen Âge, les grands ordres monastiques et la noblesse locale reprennent la gestion du vignoble pour fournir les cours seigneuriales. Après le traumatisme du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, la Provence entame sa reconstruction en s'organisant collectivement. L'année 1977 marque un tournant majeur avec la reconnaissance de l'appellation régionale des Côtes de Provence, lançant la région dans une quête moderne de précision technique et de montée en gamme.


Les cépages : l'art de la couleur claire


Le vignoble provençal utilise une large palette de cépages traditionnels parfaitement adaptés à la chaleur et à la sécheresse. Pour l'élaboration des célèbres vins rosés et des vins rouges, le Grenache Noir joue un rôle pivot en apportant de la rondeur, du gras et des arômes de petits fruits rouges. Il est presque toujours associé au Cinsault, le cépage de la finesse par excellence, qui apporte de la fraîcheur, de la légèreté et des nuances florales idéales pour les rosés de l'appellation Coteaux d'Aix-en-Provence. La Syrah apporte sa couleur et ses notes épicées, tandis que le Carignan Noir et le Cabernet Sauvignon complètent les assemblages des Côtes de Provence. Le Mourvèdre est quant à lui le roi absolu et l'identité des vins de Bandol, où il trouve sur les terrasses de l'amphithéâtre face à la mer les conditions parfaites pour donner des vins rouges puissants, tanniques et de très longue garde. Pour les vins blancs, le Rolle, également connu sous le nom de Vermentino, est le cépage maître, offrant des notes d'agrumes, de poire et de fleurs blanches d'une grande élégance, particulièrement sublimées dans les micro-appellations de Cassis ou de Bellet.


Triomphe mondial à l'export et vigilance face au climat


La situation actuelle des producteurs provençaux est globalement plus enviable que celle d'autres régions de l'Hexagone, même si la vigilance reste de mise. Portée par la révolution mondiale de la consommation de rosé premium, dont la Provence est l'ambassadrice, la région ne connaît pas de crise de surproduction généralisée et échappe aux campagnes d'arrachage massif de vignes. Les exportations sont le grand poumon économique de la filière, représentant près de quarante pour cent des volumes, avec une présence massive sur le marché nord-américain, au Royaume-Uni et en Europe du Nord. Cependant, le modèle provençal fait face à des défis importants. La forte dépendance économique au seul produit rosé crée une vulnérabilité face à l'émergence d'une concurrence internationale agressive qui tente d'imiter le style provençal à bas coût. De plus, la spéculation foncière sur le littoral varois complique les transmissions familiales des domaines. Sur le plan de la culture, le changement climatique est une préoccupation majeure. Les sécheresses estivales extrêmes bloquent parfois la maturité des raisins et font chuter les rendements, ce qui pousse les vignerons à investir dans la gestion de l'eau, à travailler les sols pour préserver l'humidité et à chercher des techniques de vinification préservant la fraîcheur aromatique et la pâleur de la robe de leurs vins.


Liste exhaustive des Appellations d'Origine Contrôlées de Provence


Le vignoble de Provence est structuré autour d'une grande appellation régionale, de deux appellations sous-régionales majeures et d'une collection de prestigieuses appellations locales dites de "terroir" ou "communales". On dénombre au total 9 Appellations d'Origine Contrôlées.

Les grandes appellations régionales et sous-régionales

Ce groupe constitue le cœur des volumes de la région et couvre la plus grande partie du territoire provençal. On y trouve les Côtes de Provence (qui s'étendent sur trois départements), les Coteaux d'Aix-en-Provence (situés à l'ouest, autour de la ville d'Aix) et les Coteaux Varois en Provence (situés au cœur du département du Var, dans une zone plus montagneuse).

Les dénominations géographiques au sein de l'AOC Côtes de Provence

Pour valoriser des terroirs bien spécifiques au sein de la grande appellation régionale, l'INAO a reconnu cinq dénominations géographiques complémentaires qui disposent de règles de production plus strictes. Il s'agit des Côtes de Provence Sainte-Victoire (au pied de la célèbre montagne), des Côtes de Provence Fréjus (proche du littoral est), des Côtes de Provence La Londe (sur des sols de schistes face à la mer), des Côtes de Provence Pierrefeu (en lisière du massif des Maures) et des Côtes de Provence Notre-Dame des Anges (au cœur du Var).

Les appellations locales et de terroirs spécifiques

Ce sont des appellations de taille plus restreinte, souvent historiques, qui se distinguent par une forte identité de terroir et des profils de vins très typés. Cette liste comprend Bandol (célèbre pour ses rouges de Mourvèdre et ses rosés de gastronomie), Cassis (vignoble de poche niché dans les calanques, réputé pour ses grands vins blancs), Palette (petite appellation historique située aux portes d'Aix-en-Provence), Bellet (vignoble implanté sur les collines escarpées de la commune de Nice), Baux-de-Provence (vignoble pionnier de la culture biologique situé dans le massif des Alpilles) et Pierrevert (appellation rattachée historiquement et administrativement à la Provence, bien que située plus au nord, dans le département des Alpes-de-Haute-Provence).

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