jeudi 4 février 2021

Histoire : 1940, les Allemands se servent dans nos caves !

Dès 1940, les Allemands se sont intéressés aux vins français (©DR).


Si le pillage des œuvres d'arts est plutôt bien documenté en France, il n'en est pas de même pour le vin. Dès les premières semaines de l'Occupation, les nazis vont pourtant ne pas perdre un instant pour vider les plus grandes caves et envoyer en Allemagne leurs contenues. Quelques lignes sur ce sujet que certains historiens retracent depuis quelques années…


Le pillage organisé du vignoble français


Dès l'été 1940, la France occupée subit une exploitation économique méthodique de la part de l'Allemagne nazie, et ses célèbres caves ne font pas exception. Face au chaos de la défaite, l'occupant met rapidement en place une stratégie de réquisition pour mettre la main sur les plus grands trésors viticoles du pays, de la Champagne au Bordelais, en passant par la Bourgogne. Ce pillage, qui débute parfois par des pillages sauvages de soldats victorieux, se transforme très vite en une administration bureaucratique redoutablement efficace.


Les "Weinführer", maîtres des caves de France


Pour orchestrer ce détournement de richesse à grande échelle, le régime nazi nomme des délégués spéciaux au cœur des régions viticoles : les Weinführer. Souvent issus du commerce du vin avant-guerre, ces experts allemands connaissent parfaitement le marché français et ses interlocuteurs. Leur rôle consiste à fixer des quotas de livraison obligatoires, à contrôler les stocks et à acheter le vin à des prix dérisoires, souvent fixés de manière arbitraire par le biais d'un taux de change artificiellement favorable au mark. Des millions de bouteilles sont ainsi acheminées vers le Reich pour approvisionner la Wehrmacht, les hauts dignitaires nazis ou pour être revendues sur le marché international afin de financer l'effort de guerre allemand.


La résistance secrète des vignerons


Face à cette spoliation, les producteurs et négociants français déploient des trésors d'ingéniosité pour sauver leurs meilleurs crus. Des murs secrets sont maçonnés à la hâte au fond des caves pour dissimuler les bouteilles de prestige, tandis que les registres de production sont falsifiés pour minimiser les stocks réels. Les vignerons n'hésitent pas non plus à ruser sur la marchandise en collant des étiquettes de grands millésimes sur des vins de piètre qualité destinés à l'occupant, ou en coupant les cuvées réquisitionnées avec de l'eau. Ces actes de résistance quotidienne, bien que risqués, permettent de préserver une partie inestimable du patrimoine liquide de la France jusqu'à la Libération.

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