mardi 25 septembre 2018

Idée reçue : on sert du vin blanc avec le poisson

Oui, du vin blanc avec le poisson, mais pas que ! (©DR).


Après la viande, le poisson est l'autre grande victime des règles immuables de la table. L'affirmation selon laquelle le poisson doit toujours être accompagné de vin blanc est sans doute l'une des mieux ancrées dans l'inconscient collectif. Si le vin blanc reste effectivement un compagnon naturel et souvent irréprochable pour les produits de la mer, décréter que le vin rouge y est totalement interdit est une idée reçue qui prive les gourmets de mariages gastronomiques exceptionnels.


Les fondements logiques de la prédominance du blanc


Pour comprendre la naissance de ce dogme, il faut observer la structure physique du poisson. Sa chair est délicate, peu texturée par rapport à celle d'un mammifère, et ses graisses sont généralement fluides et subtiles. Les vins blancs, dépourvus de tanins et dotés d'une belle acidité, agissent comme un filet de citron : ils apportent de la fraîcheur, coupent le gras des poissons nobles et respectent la finesse des arômes marins. Un bar de ligne simplement grillé ou des huîtres réclament la vivacité d'un Chablis ou d'un Muscadet. À l'inverse, si l'on verse un vin rouge puissant et tannique sur ces chairs délicates, les tanins entrent en conflit avec l'iode et les huiles du poisson, provoquant en bouche une sensation métallique et une amertume particulièrement désagréable.


Le type de poisson, premier facteur de nuance


Le terme « poisson » englobe une variété de textures et de saveurs bien trop vaste pour une seule couleur de vin. Il existe des poissons d'eau douce ou de mer à chair ferme, dense et parfois naturellement plus grasse, qui possèdent le relief nécessaire pour soutenir la structure d'un vin rouge léger. Le thon rouge, l'espadon ou le saumon ont des chairs charnues qui s'apparentent presque à de la viande. Un pavé de thon rouge juste snobé, saignant à cœur, développe des notes de torréfaction et une puissance de goût qui s'harmonisent magnifiquement avec un vin rouge peu tannique et axé sur le fruit, comme un Pinot Noir de Bourgogne ou un Poulsard du Jura.


La cuisson et la sauce, les véritables maîtres du jeu


Tout comme pour la viande, c'est l'habillage du poisson qui dicte le choix de la bouteille. Un même poisson préparé de deux manières différentes appellera deux vins totalement opposés. Si vous cuisinez un dos de cabillaud à la vapeur avec un filet d'huile d'olive, le vin blanc sec est indispensable. En revanche, si ce même cabillaud est cuisiné « en bourride », mijoté dans une sauce tomate relevée aux olives, aux herbes de Provence et à l'ail, un vin rouge sudiste et fruité, comme un vin de l'appellation Bandol ou un Côtes-du-Rhône méridional servi légèrement frais, fera un accord de terroir remarquable. La sauce rouge ou épicée fait le pont entre la mer et le vignoble rouge.


L'exemple des grands classiques régionaux


Il existe des recettes traditionnelles françaises qui balayent définitivement l'obligation du vin blanc en imposant le rouge par nature. L'exemple le plus célèbre est la matelote de batelier ou la lamproie à la bordelaise, un poisson de rivière mijoté de longues heures dans une sauce liée au sang et au vin rouge de Bordeaux. Servir un vin blanc sur ce plat riche et sombre serait un contresens. Dans le même esprit, un dos de cabillaud ou une lotte rôtie en habit de lard fumé appelle naturellement les notes fumées et épicées d'un vin rouge de la Vallée de la Loire, comme un Saumur-Champigny ou un Chinon, dont les tanins souples sont idéalement fondus pour ne pas agresser l'iode.

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